À l’occasion d’une saison 2026 consacrée aux zones humides, reflet de celle proposée par l’EAZA (Association Européenne des Zoos et Aquariums), le Parc Zoologique de Paris s’est lancé cette année dans l’élevage et la reproduction de nouvelles espèces originaires de zones humides d’Europe et d’Amérique centrale et a créé un nouvel espace extérieur pour la présentation des cistudes d’Europe.
Une nouvelle installation extérieure pour les cistudes d’Europe, emblèmes des zones humides européennes
Tous les deux ans, l’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA) propose à ses établissements membres une thématique commune destinée à servir de fil conducteur aux actions de sensibilisation, de recherche et de conservation conduites à l’échelle européenne. Et pour les deux prochaines années, ce sont les zones humides et toute leur biodiversité qui sont à l’honneur au sein des zoos européens. À cette occasion, le Parc Zoologique de Paris a choisi de développer une véritable saison autour de ces écosystèmes uniques et à leur riche biodiversité. « Nous avons décidé de développer toute une saison sur cette thématique des zones humides afin de présenter d’un point de vue écologique, biologique et de la conservation des espèces, en quoi ces milieux spécifiques sont intéressants », explique Olivier Marquis, gestionnaire de la collection reptiles, amphibiens et invertébrés au Parc Zoologique de Paris. Le contexte est d’autant plus particulier que les zoos du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) ont accueilli cette année le congrès annuel de l’EAZA, rendez-vous majeur du secteur qui réunit quelque 400 institutions et environ 1000 professionnels européens et internationaux. Celui-ci s’est déroulé du 29 septembre au 3 octobre 2026 à Paris. « Nous nous réunissons chaque année dans un pays européen différent, et cette année, c’est en France. C’est l’occasion d’accueillir nos confrères de toute l’Europe, voire même d’un peu plus loin, pour leur faire découvrir le Parc Zoologique de Paris et la Ménagerie du Jardin des Plantes, les différentes espèces et les nouveaux espaces que nous avons dédié à cette saison. » Directeurs d’établissements, vétérinaires, gestionnaires de collections et curateurs s’y retrouvent pour plusieurs jours de conférences, de retours d’expérience et de réunions spécialisées, notamment au sein des « TAG » (Taxon Advisory Group), les groupes d’experts consacrés à des taxons ou problématiques précises. Dans ce contexte, en plus d’un riche programme d’animations sur cette thématique pour les visiteurs, le Parc Zoologique de Paris a choisi de créer une nouvelle installation extérieure consacrée à la cistude d’Europe (Emys orbicularis), l’une des deux seules espèces de tortues d’eau douce encore présente en France métropolitaine. Cette nouvelle installation s’inscrit pleinement dans la saison dédiée aux zones humides et répond également à une réflexion engagée depuis plus longtemps. « C’est un projet que nous avions déjà par le passé. Nous avons un vivarium européen au sein duquel nous avons des cistudes d’Europe depuis à peu près 12 ans et nous trouvions dommage, pour une espèce naturellement présente en France métropolitaine, de la maintenir en intérieur, avec un éclairage et un chauffage artificiels, une hibernation artificielle, alors que nous pourrions juste l’installer dehors, dans des conditions naturelles qui seraient bien plus efficaces pour elles, pour leur bonne santé et leur bien-être, mais aussi pour le plaisir des visiteurs. » Un plan d’eau extérieur, jusqu’alors inutilisé, a donc été réaménagé pour accueillir un groupe dont les individus sont issus de trois provenances différentes. Les cistudes d’Europe déjà présentes au parc ont ainsi été rejointes par des individus transférés depuis deux autres établissements européens.

Le nouveau bassin est situé entre l’enclos des babouins de Guinée et la Grande Volière, au pied du célèbre Grand Rocher. « Il fallait aménager ce bassin, le sécuriser pour éviter des évasions de tortues, l’adapter évidemment au mode de vie de cette espèce, construire une plage avec un site de ponte, mettre en place des supports flottants ou des branches pour que les animaux puissent sortir de l’eau et s’exposer au soleil, et planter de la végétation. » Les adultes vivent désormais à ciel ouvert, été comme hiver, avec une intervention humaine volontairement réduite. Seuls deux jeunes nés au zoo l’an dernier sont encore maintenus en terrarium dans le vivarium européen, leur petite taille les rendant vulnérable à la prédation d’animaux sauvages telles que les corneilles. Le site de ponte, spécifiquement aménagé, doit être surveillé pendant la période de reproduction afin de repérer les pontes, récupérer les œufs et les incuber artificiellement, car l’objectif principal avec cette espèce est la reproduction. « Comme nous voulons maximiser le taux de survie des jeunes, il y aurait trop de risques de prédation sur les œufs car nous avons évidemment de la faune locale qui pourraient gratouiller dans le sable et aller déterrer les œufs, ou une fois nés, manger les bébés tortues, détaille Olivier Marquis. Donc nous préférons les mettre à l’abri car l’objectif de ce projet c’est d’avoir une colonie de reproduction qui permette de fournir des jeunes qui pourront intégrer plus tard le programme de réintroduction, en collaboration avec la Réserve Zoologique de la Haute-Touche. » La cistude d’Europe est inscrite dans un EEP (Programme d’Élevage Européen) dont la gestion a été confiée au Parc animalier de Sainte-Croix en Moselle. Même si l’espèce demeure présente sur le territoire français, ses populations sont soumises à de fortes pressions, principalement liées à la destruction des zones humides, au drainage des lacs et étangs et à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes, la conduisant à être classée « Quasi menacée » (NT) par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Le Parc Zoologique de Paris n’a pas encore participé directement à un relâcher de jeunes cistudes dans la nature, mais certains jeunes nés dans ses installations ont déjà été transférés à la Réserve Zoologique de la Haute-Touche, autre établissement du Muséum, où ils sont élevés pendant plusieurs années en conditions semi-naturelles avant un retour dans le milieu naturel. Le déménagement des cistudes à l’extérieur permet parallèlement de renouveler le vivarium européen avec l’installation d’une autre espèce emblématique des zones humides françaises. « Actuellement, nous avons la deuxième espèce de tortue d’eau douce de France métropolitaine, l’émyde lépreuse (Mauremys leprosa). En fait, ce sont des animaux que nous n’avions initialement pas prévu de présenter au public car ce sont des animaux issus de saisies et que nous maintenions jusque-là en coulisses. Ce sont des individus qu’on ne peut pas réintroduire car on ne sait pas exactement d’où ils viennent. Et puis il n’y avait pas besoin de faire beaucoup d’aménagement sur cet espace puisqu’elles occupent le même habitat. Pour elles c’est mieux car elles profitent d’un bassin plus grand et on comble une case vide dans le vivarium avec le départ des cistudes. » Leur présence permet donc de donner une nouvelle fonction à un espace libéré tout en poursuivant la présentation de la faune française, une mission que l’équipe revendique malgré la difficulté à mettre en valeur des espèces moins spectaculaires que les grands animaux exotiques. « C’est l’une des missions auxquelles nous tenons particulièrement. On connaît mieux les animaux de l’autre bout du monde que ceux que nous avons dans nos jardins, ce qui est quand même dommage. Alors c’est vrai que ce ne sont pas les animaux les plus simples à présenter parce qu’ils sont moins colorés, plus petits, ils ont un cycle de vie qui impose une période de repos hivernal durant lequel on ne les voit pas, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. »

L’arrivée récente d’un petit poisson d’eau douce européen menacé de disparition
C’est ce même raisonnement qui a conduit à l’arrivée d’une autre espèce européenne récemment, beaucoup plus discrète et encore plus menacée dans son milieu naturel : le killi du Péloponnèse (Valencia robertae). Longtemps considéré comme une espèce largement distribuée en Grèce, y compris dans le Péloponnèse, en Grèce continentale et dans une partie des Balkans, ce petit poisson d’eau douce a été distingué génétiquement dans les années 1990 d’autres populations jusque-là regroupées sous la même appellation. « Il y a une étude génétique qui a montré que les killis spécifiques du Péloponnèse et d’une partie de la Grèce correspondaient à une autre espèce que celle identifiée à l’époque sur toute cette région, raconte Olivier Marquis. Et donc, d’une espèce très largement répandue, on est passé à une espèce très localisée qui était déjà en danger d’extinction, vraiment endémique de quelques bras de rivière de cette zone géographique. » Dans son environnement naturel, l’espèce est confrontée à la problématique d’assèchement des cours d’eau, aux événements climatiques catastrophiques, notamment les sécheresses ou les inondations qui perturbent son cycle de reproduction, mais aussi à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes, notamment la gambusie (Gambusia affinis). « La gambusie c’est un petit poisson qui est notamment introduit pour manger les larves de moustiques et qui est hyper compétitif. Il fait à peu près la taille du killi du Péloponnèse mais il est beaucoup plus robuste et donc il le mène à son extinction. » Le killi du Péloponnèse mesure 3 à 4 cm et est aujourd’hui classé « En danger critique d’extinction » (CR) par l’UICN. Le Bristol Zoo Project, un parc zoologique en Angleterre, a lancé un Programme d’Élevage Européen (EEP) destiné à sécuriser l’avenir de cette espèce en captivité avec seulement une poignée d’autres parcs zoologiques européens. Lors d’une présentation de l’espèce par le coordinateur du programme durant le congrès annuel de l’EAZA en 2025, l’appel à l’implication de nouvelles institutions a immédiatement trouvé écho au Parc Zoologique de Paris. « Je me suis dit que ça cochait toutes les cases, estime le gestionnaire de collections du parc. Le principe des programmes d’élevage c’est de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et de multiplier les sous-colonies en captivité. En cas de problème dans un zoo comme une pathologie ou un problème technique, qui fait que la colonie subit des pertes importantes, et bien il y a toujours des collègues qui ont des animaux de réserve à différents endroits. Dans le vivarium européen, nous avons un aquarium adapté à cette espèce qui est très menacée, ce qui nous permet de participer à un programme de conservation et qui en plus permet d’aborder les thématiques de conservation d’espèces locales européennes auprès de nos visiteurs. Encore une fois, ce n’est pas l’espèce la plus jolie du monde, mais les mâles sont plutôt esthétiques avec des petites zébrures un peu bleues métallisées. »

Trente individus ont été accueillis il y a quelques mois maintenant au Parc Zoologique de Paris, répartis entre deux aquariums. « Nous avons fait venir 30 adultes, il y en a 15 qui sont visibles par nos visiteurs, et 15 qui sont en coulisses. Et nous avons eu le plaisir de découvrir les premiers alevins il y a quelques semaines, au milieu du bac de nos adultes ! » Les premiers alevins sont apparus dans le groupe maintenu en coulisses avec une dizaine de petits déjà observés. Mais l’équipe a choisi de ne pas les compter précisément pour ne pas perturber le bac, l’aquarium a été densément végétalisé afin de reproduire l’habitat naturel du killi du Péloponnèse et d’offrir aux jeunes des refuges pour grandir paisiblement. La présence d’adultes bien nourris et l’absence d’autres espèces limitent par ailleurs les risques de prédation. « La reproduction de cette espèce n’est pas censée être très compliquée, explique Olivier Marquis. La seule complexité, pour déclencher la reproduction, c’est qu’il faut recréer une saisonnalité de variation de la température et de la qualité de l’eau. Donc il faut que la température de l’eau chute en hiver et qu’elle remonte l’été, et c’est ce qui déclenche les comportements reproducteurs. Au parc, il se trouve que nous avons effectivement le matériel qui nous permet de gérer ce type de fluctuation saisonnière, donc il n’y a pas eu de problème. » Cette reproduction constitue surtout une première étape vers un objectif qui pourrait conduire les poissons vers leur environnement naturel à l’avenir, même si pour l’heure, aucune réintroduction n’est envisageable tant que les milieux naturels ne sont pas restaurés. « Il y aurait éventuellement un objectif de réintroduction de ces animaux dans le futur, quand les cours d’eau de leur pays d’origine auront été nettoyés et sécurisés. Pour l’instant, ça ne servirait à rien de réintroduire des animaux dans un milieu qui continue de les faire disparaître. »
Deux nouvelles espèces d’amphibiens rarement vues en captivité
Avec l’arrivée de rainettes aux yeux noirs (Agalychnis moreletii) et de rainettes à flancs bleus (Agalychnis annae), le Parc Zoologique de Paris élargit également son travail de conservation des amphibiens, un groupe dont la situation mondiale est de plus en plus inquiétante. « Les amphibiens sont le groupe de vertébrés terrestres le plus menacé en termes de proportion, avant les mammifères ou les oiseaux, puisqu’il y a plus de 40 % des espèces qui sont menacées d’une manière ou d’une autre, alerte Olivier Marquis. Malgré ça, les amphibiens ne bénéficient que de 1,6 % de l’argent consacré à la conservation. C’est paradoxal, c’est le groupe le plus menacé qui bénéficie du moins de soutien et d’argent pour participer à leur conservation. » La rainette aux yeux noirs, originaire du Mexique, du Honduras, du Belize et du Guatemala, fait l’objet d’un EEP dont Olivier Marquis assure la coordination depuis environ trois ans. Dans la nature, l’espèce n’a pas encore disparu et peut même rester courante dans certaines zones, mais sa répartition très morcelée la rend vulnérable à l’évolution rapide de son environnement. « C’est une espèce qui vit en moyenne altitude, qui supporte assez mal l’élévation des températures et qui en plus, est sensible à une maladie qu’on appelle la chytridiomycose, un champignon pathogène qui décime les amphibiens dans de nombreux pays du monde. » La colonie présente en captivité en Europe possède une histoire particulièrement précieuse pour les scientifiques et les conservateurs. Des têtards provenant du Belize avaient été prélevés dans le milieu naturel en 2008 par le professeur Richard Preziosi, alors chercheur à l’université de Manchester en Angleterre, afin d’étudier leur développement. Une fois l’étude terminée, les animaux ont été confiés au Zoo de Chester, toujours en Angleterre, qui a ainsi proposé la création d’un EEP afin de suivre cette nouvelle population captive. « Lorsque j’ai repris la coordination de ce programme, on s’est aperçu que la plupart des zoos qui avaient récupéré des jeunes issus de ce groupe fondateur ne les avaient pas reproduits et que les animaux étaient décédés. Il ne restait plus que les individus du Chester Zoo, qui ne souhaitait pas poursuivre avec cette espèce, et ceux du Museum de Manchester. Donc l’une de mes premières missions à été de rapatrier les animaux de Chester vers le Parc Zoologique de Paris pour être hébergeur de cette colonie. » Ces animaux, installés dans les pièces d’élevage en coulisses depuis leur arrivée il y a quelques années, n’avaient initialement pas vocation à être exposés aux visiteurs. La saison dédiée aux zones humides a finalement changé la donne et permis leur présentation dans la serre, au sein de la partie Amazonie-Guyane. « C’est une espèce qui n’est pas très simple à voir parce qu’elle est nocturne. C’est une grosse rainette verte avec de grands yeux noirs, mais la journée on ne les voit pas parce que les animaux rentrent leurs yeux dans leur tête quand ils dorment. » La reproduction reste toutefois difficile, les animaux récupérés auprès de Chester avaient déjà un certain âge et pourraient être arrivés au zoo à la limite de leur période de fertilité. « Nous continuons d’essayer, mais tous nos espoirs reposent sur les individus qui sont au Museum de Manchester car ils ont continué de les reproduire après la réception des premiers individus et ont différentes classes d’âge désormais. Mais entre-temps, le Professeur Richard Preziosi a mené des études génétiques, acoustiques et morphologiques sur la rainette aux yeux noirs en Amérique centrale, et il s’est aperçu que les populations du Mexique et celles de la partie ouest et de la partie est de l’Amérique centrale étaient différentes génétiquement d’un point de vue acoustique et d’un point de vue morphologique. Et donc il suspecte en fait l’existence non pas d’une mais de trois espèces, ou sous-espèces, ce n’est pas encore bien défini. Nos animaux viennent du Belize, et peut-être que d’une espèce largement répandue en Amérique centrale à l’origine, on va se retrouver avec une nouvelle espèce endémique d’une région précise avec un niveau de menaces ou de risque d’extinction bien supérieur. Cette possible évolution taxonomique pourrait aussi faire évoluer les urgences en matière de conservation sur cette espèce dans le futur. »


Le Parc Zoologique de Paris a également accueilli la rainette à flancs bleus, une nouvelle espèce dont l’arrivée est la conséquence d’une saisie faite il y a quelque temps en Suisse. Des têtards avaient été retrouvés dans une bouteille dissimulée dans une valise lors d’un contrôle dans un aéroport suisse avant d’être confiés au Zoo de Zurich où ils ont été élevés jusqu’à leur métamorphose, révélant qu’ils appartenaient à deux espèces différentes. « Lors de la métamorphose, les équipes du Zoo de Zurich se sont aperçues qu’il y a une espèce commune, la rainette aux yeux rouges, et une deuxième qui n’est pas commune du tout, la rainette à flancs bleus. Elles vivent toutes les deux dans les mêmes milieux, au Costa Rica notamment. » Le Zoo de Zurich est même parvenu à reproduire l’espèce, obtenant une deuxième génération, et dispose désormais d’une centaine de jeunes rainettes à flancs bleus. « Ce sont des animaux qui sont issus d’individus provenant du milieu naturel, donc génétiquement, ils ont une grande valeur. Il n’y a pas encore d’EEP autour de cette espèce, mais le Zoo de Zurich a commencé à créer un réseau en disséminant des petites poignées d’individus dans quelques institutions sélectionnées sur le volet. Et nous avons pu faire partie des heureux élus parmi les quelques zoos qui ont eu l’opportunité d’en recevoir. Ces animaux servent encore une fois de colonie de sauvegarde. » Les animaux sont encore en quarantaine et grandissent dans les coulisses du parc. Leur exposition au public n’est pas une priorité mais leur histoire pourrait à terme constituer un support particulièrement pertinent pour évoquer le trafic d’animaux sauvages, les prélèvements illégaux et la disparition des amphibiens. « Comme la rainette aux yeux noirs, ce n’est pas une candidate idéale pour la présentation au public, poursuit le gestionnaire de collections du Parc Zoologique de Paris. Ce sont des animaux d’une belle taille mais qui ne sont pas très faciles à voir pour les visiteurs. Il y a cependant un discours pédagogique et scientifique qui serait bien illustré par le cas de cette espèce en particulier. » La rainette à flancs bleus, qui a déjà disparu d’une large partie de son aire de répartition, ne se rencontre plus qu’au Costa Rica et au Panama actuellement, où les effectifs sauvages sont classés « Vulnérables » (VU) par l’UICN. Seules 8 structures zoologiques européennes, dont le Parc Zoologique de Paris, hébergent actuellement cette espèce. « Il y a quelques individus dans le milieu des éleveurs privés, mais c’est quand même une espèce très très rare. » Pour la rainette à flancs bleus, comme pour la rainette aux yeux noirs, il n’existe à ce jour aucun projet de réintroduction. « L’idée c’est plutôt de préserver les milieux naturels pour l’instant, conclut Olivier Marquis. Ce sont véritablement des populations de sauvegarde, un filet de sécurité supplémentaire que nous avons l’opportunité d’offrir à ces espèces qui ne sont pas très fréquentes en captivité. Il aurait été dommage de ne pas en prendre soin et de ne pas avoir une attention particulière pour faire perdurer ces populations. Nous avons une équipe de gens passionnés par ces animaux au parc, ça demande une technicité et une vigilance très particulière en captivité. Parmi la communauté des zoos européens, même au-delà de l’Europe, nous avons des spécialistes avec lesquels nous sommes en contact quotidiennement pour développer des projets, réfléchir ensemble, trouver des solutions, trouver de l’argent, etc… Nous avons beaucoup de choses sur le feu sur tout un tas d’espèces. Et puis peut-être qu’un jour, dans le futur, on s’apercevra que ces rainettes sont les dernières représentantes de leur espèce car tout leur milieu naturel aura été détruit par des événements catastrophiques qui peuvent arriver très brutalement. La conservation ex-situ est un des outils de la conservation, ce n’est pas le seul ni le plus incontournable, mais pour de plus en plus d’espèces malheureusement, le milieu naturel n’est tellement plus du tout accueillant que les mettre en sécurité en milieu artificiel représente le dernier rempart avant l’extinction totale d’une espèce. »



