En l’espace de quelques semaines, le ZooParc de Beauval a vécu deux événements exceptionnels au sein de son troupeau d’éléphants avec les naissances de deux éléphanteaux.
Une première naissance très délicate
L’émotion était déjà immense au ZooParc de Beauval lorsque, dans la nuit du 14 au 15 février 2026, une petite éléphante voyait le jour au sein de la Maison des Éléphants. Mais un mois plus tard, le 22 mars 2026, l’histoire s’est enrichie d’un second événement tout aussi marquant : une seconde naissance au sein du groupe. Deux éléphanteaux en un mois, des événements rares qui marquent un tournant pour le troupeau d’éléphants de savane d’Afrique de Beauval. Le 14 février dernier, à 20h46 très précisément, les équipes sont alertées par la perte des eaux de N’Dala, l’une des femelles de la troupe âgée de 36 ans. Après plus de 21 mois de gestation, la mise-bas semble imminente et soigneurs, vétérinaires et responsables animaliers se mobilisent immédiatement auprès de l’éléphante. La surveillance, déjà renforcée plusieurs jours en amont en raison de la chute du taux de progestérone de la femelle, se transforme alors en véritable veille permanente. Pourtant, les heures passent sans réelle progression et malgré la rupture de la poche des eaux, les contractions restent rares. Vers une heure du matin, les équipes décident alors d’intervenir pour comprendre la situation avec prise de sang et échographie. L’examen confirme que le petit est encore en vie et une injection d’ocytocine est alors administrée à la femelle pour relancer les contractions.

Face à l’absence de mise-bas quelques heures plus tard, une seconde intervention est réalisée vers trois heures du matin. Les équipes commencent alors à envisager le scénario le plus délicat : une chirurgie d’urgence pour sauver la mère. Mais finalement, le travail s’intensifie et la situation évolue rapidement puisqu’à 4h02, le petit éléphanteau apparaît enfin. Durant les premières secondes, il reste immobile et est immédiatement pris en charge par les équipes qui le stimule. Un immense soulagement traverse la Maison des Éléphants de Beauval lorsque le nouveau-né prend sa première respiration et contracte sa trompe. Quelques instants plus tard, N’Dala, devenue aveugle avec l’âge, localise son petit grâce à son odorat et au contact de sa trompe, et le stimule avant de le protéger entre ses pattes avant. Le nouveau-né est une petite femelle pesant plus de 100 kg à sa naissance et baptisée Himba par les soigneurs, un prénom faisant référence au peuple Himba de Namibie, symbole de protection et de beauté. Cette naissance est déjà historique puisqu’aucun éléphanteau n’était né à Beauval depuis treize ans. La dernière naissance remontait en effet au 20 juillet 2012, lorsque N’Dala avait déjà donné naissance au petit mâle Rungwe, vivant aujourd’hui dans un autre parc zoologique européen.
Une deuxième petite femelle voit le jour un mois plus tard
Quelques semaines seulement après la naissance d’Himba, le ZooParc de Beauval a connu un nouvel événement exceptionnel avec la naissance d’un second éléphanteau dans la nuit du 21 au 22 mars 2026. Ashanti, une autre femelle âgée de 23 ans, dont la gestation était également suivie de près depuis plusieurs mois, a donné naissance à son tout premier petit à 4h11 le matin du 22 mars. Après une mise-bas plus rapide et sans complication cette fois, l’éléphante met au monde une autre petite femelle accueillie avec curiosité par le reste du troupeau. Vigoureuse dès ses premières heures, le jeune éléphanteau s’est rapidement mis debout et a rejoint sa mère pour ses premières tétées. Cette dernière est primipare mais a rapidement montré un solide instinct maternel, se montrant protectrice et très impliquée dès les premières minutes. Les deux naissances résultent d’accouplements naturels observés durant le printemps et l’été 2024 entre N’Dala et Ashanti avec Akili, le mâle reproducteur du parc.

Himba, la première jeune éléphante, a déjà effectué ses premières sorties dans le pré-parc extérieur lorsque la météo le permettait, à partir de la fin du mois de février. Elle a ainsi commencé à découvrir une petite partie de son environnement extérieur et a même rencontré les autres femelles du groupe, même si aucun contact direct n’a encore lieu pour le moment. La seconde femelle reste pour l’instant à l’intérieur du bâtiment, son très jeune âge nécessitant encore davantage de précautions. Elle est actuellement visible dans les box situés au fond de la Maison des Éléphants, même si son observation reste plus délicate que pour sa demi-sœur Himba. Dans les prochains jours, Ashanti et son petit devraient rejoindre les loges situées à l’avant, offrant ainsi de bien meilleures conditions d’observation aux visiteurs, à proximité directe de N’Dala et d’Himba, en attendant les futures mises en contact entre les deux jeunes éléphantes. À terme, les deux jeunes femelles devraient pouvoir évoluer ensemble à l’extérieur aux côtés de l’ensemble des femelles adultes du groupe, une étape particulièrement attendue par les équipes de Beauval. Les soigneurs vont par ailleurs sélectionner plusieurs prénoms pour la deuxième petite femelle, choisis en lien avec l’histoire de sa naissance et sa personnalité. Ces propositions seront ensuite soumises aux votes du public sur les réseaux sociaux de Beauval dans les prochains jours.
Une histoire déjà longue entre Beauval et ses éléphants
Ces deux naissances s’inscrivent dans l’histoire déjà riche du groupe d’éléphants de savane d’Afrique de Beauval. En 2003, le parc s’agrandit de 5 hectares et accueille un groupe de cinq éléphants, un mâle et quatre femelles. Aujourd’hui, le parc abrite un mâle reproducteur, Akili, et six femelles adultes : Marge (41 ans), Juba (39 ans), Tana (39 ans), N’Dala (36 ans), M’Kali (36 ans) et Ashanti (23 ans), auxquelles s’ajoutent désormais les deux nouveau-nés. Les pachydermes évoluent sur trois plaines totalisant près de six hectares, constituant le plus vaste espace dédié aux éléphants dans un parc zoologique en France. Il s’agit également, avec neuf individus, du plus grand groupe d’éléphants de savane d’Afrique visible actuellement en France. Ces plaines offrent des zones herbeuses, des points d’eau, des zones sablonneuses et des abris permettant aux animaux d’exprimer une grande variété de comportements naturels. La Maison des Éléphants, inaugurée elle aussi en 2003 et agrandie par la suite, constitue un élément central de l’installation. C’est dans cet espace de plus de 2000 m² que les éléphants passent du temps lorsque la météo ne leur permet pas d’évoluer à l’extérieur et c’est aussi à l’intérieur que se déroulent les mises-bas et les premières semaines de vie des jeunes éléphanteaux. La plus grande partie du bâtiment, dans laquelle les visiteurs ont la possibilité d’entrer et d’observer les animaux depuis une passerelle à plusieurs mètres de hauteur, est réservée aux femelles tandis qu’une seconde partie, créée il y a quelques années, est occupé par Akili, le mâle. Celui-ci est aujourd’hui âgé de 24 ans et a déjà vécu dans plusieurs parcs zoologiques, notamment en France. Né en 2002 au Zoo de Tel Aviv en Israël, il a par la suite été transféré au Zoo de La Flèche en 2007, au Zoo African Safari en 2012, au Safari de Peaugres en 2014 avant de rejoindre le ZooParc de Beauval en novembre 2020 où il devient père pour la première fois.


Comme dans la nature, le mâle est la plupart du temps séparées du reste du groupe. Les femelles vivent en groupes familiaux appelés hardes, menés par la femelle la plus âgée, la matriarche, accompagnée d’autres femelles et de leurs petits. Les mâles vivent en solitaires ou se réunissent en petits groupes et rejoignent les femelles pour la saison de reproduction uniquement. La naissance de Himba, le premier des deux éléphanteaux, a d’ailleurs marqué le retour de la reproduction de l’espèce à Beauval après plus de treize années sans naissance. Il s’agit également de la première naissance d’éléphant en France depuis neuf ans. La précédente remontait à mars 2017, au Zoo African Safari, avec la naissance d’une femelle nommée Makeba, qui vit toujours sur place aujourd’hui. Le précédent éléphanteau de Beauval, Rungwe, a vu le jour le 20 juillet 2012 et a depuis rejoint d’autres institutions zoologiques européennes dans le cadre du programme de reproduction de l’éléphant de savane d’Afrique. Transféré en 2018 au Zoo de Magdebourg en Allemagne, il vit désormais au Zoo de Győr en Hongrie, où il partage son environnement avec trois autres mâles. Le père de Rugwe, Limbo, avait rejoint Beauval à l’inauguration de la Plaine des Éléphants mais est malheureusement décédé en 2017 à l’âge de 26 ans.
Une naissance importante pour la conservation
Au-delà de l’émotion qu’elles suscitent, ces naissances revêtent une importance particulière pour la conservation de l’espèce. L’éléphant de savane d’Afrique (Loxodonta africana) est aujourd’hui classé « En danger d’extinction » (EN) sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Le braconnage pour l’ivoire, la fragmentation des habitats et les conflits avec les populations humaines ont provoqué un déclin important de nombreuses populations sauvages au cours des dernières décennies. L’espèce fait par ailleurs l’objet d’un Programme Européen pour les Espèces menacées (EEP) au sein des parcs zoologiques européens dont la coordination a été confiée au Zoo Wuppertal en Allemagne. Ce programme, dont fait partie le troupeau du ZooParc de Beauval, joue un rôle essentiel pour maintenir une population viable et génétiquement diversifiée d’éléphants de savane d’Afrique en captivité en Europe. En parallèle, Beauval soutient également plusieurs projets de conservation à travers son association Beauval Nature qui finance des actions de protection des éléphants en Afrique, notamment en matière de lutte contre le braconnage et de protection des habitats. Ainsi, au-delà de l’émotion qu’elles ont suscitée auprès des équipes et des visiteurs, les naissances de Himba et de sa demi-sœur rappellent l’importance de la protection de l’espèce dans son milieu naturel et sensibilise les visiteurs du parc à sa conservation au sens large.





