© Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine
© Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine

Les chimpanzés de l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine profitent d’un nouvel espace

Depuis l’été 2025, le groupe principal de chimpanzés de l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine vit dans un espace entièrement neuf de plus de 5000 m², l’un des plus grands en France pour cette espèce.

Le nouveau Territoire des Chimpanzés a été inauguré en juillet 2025

Il était devenu difficile de prolonger l’histoire des chimpanzés dans une installation conçue il y a plus de trente ans. L’ancien espace des chimpanzés de l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, d’environ 500 m², avait fait son temps. « Il était temps de réaménager cet espace et de déménager nos chimpanzés, reconnait Alexandre Blanchon, chargé de la communication à l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine. Aujourd’hui, ils ont un espace qui est dix fois plus grand, c’était le minimum que nous pouvions leur proposer. » La nouvelle installation se trouve au début d’une nouvelle extension du parc, près des pandas roux et des wallabies. L’enclos extérieur, déjà placé dans un relief marqué, a été entièrement modelé par les équipes du parc avec la création d’une rivière et l’ajout de végétation. « Ils peuvent désormais profiter de 5000 m² dans lequel nous avons planté à peu près 500 arbustes. Ces arbres viennent d’être plantés, ils sont encore petits et donc pas très hauts, mais nous espérons que ça va prendre avec le temps. Les chimpanzés y ont un peu touché, juste pour la découverte, mais pour l’instant ils ont l’air de tenir. On ne part pas d’une forêt déjà existante donc il va falloir être patient. »

Accolé à ce nouvel environnement extérieur, un grand bâtiment de 950 m², séparé en deux, offre un nouvel espace intérieur aux chimpanzés presque aussi grand que l’ensemble de leur ancien espace. « Ce nouveau bâtiment offre 450 m² aux chimpanzés et fait environ 10 mètres de hauteur avec des grands troncs et de nombreux espaces pour faire des nids en hauteur. C’est vraiment le jour et la nuit par rapport à leur ancien espace. Et sur le toit du bâtiment, il y a 950 m² de panneaux solaires qui nous permettent de générer notre propre électricité servant pour le parc en général. » Les visiteurs peuvent longer l’enclos extérieur, observer les chimpanzés à travers de larges baies vitrées, puis pénétrer à l’intérieur du bâtiment pour les découvrir sous un autre angle. Le dénivelé important du site ne permettant pas d’opter pour des fossés en eau, la séparation repose principalement sur des murs et des vitrages. À terme, le parcours se prolongera vers une future plaine africaine accessible par une passerelle, marquant une transition paysagère plus ouverte.

Dix chimpanzés déjà pleinement installés dans leur nouvel espace

Le groupe principal de chimpanzés de l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine compte actuellement six mâles et quatre femelles. En parc zoologique, le chimpanzé est inscrit dans un Programme Ex-situ de l’EAZA (EEP) visant à favoriser le brassage génétique de la population présente en captivité dans les zoos européens. Dans la nature, l’espèce est considérée comme « En danger d’extinction » (EN) par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et sa distribution est discontinue, allant du Sénégal à la Tanzanie et l’Ouganda, en passant par les zones forestières au Cameroun, au Gabon ou au Congo. À Saint-Martin-la-Plaine, la dernière naissance remonte à 2022 et pour des raisons génétiques et de gestion de la lignée, la reproduction est pour l’instant suspendue. « Le doyen de ce groupe c’est Charly, il est né en 1985, poursuit Alexandre Blanchon. Et après c’est Lola, une femelle née en 1987. Nous avons un second petit groupe de trois individus qui vit à part et dans lequel il y a Dolly, née en 1982, accompagnée de deux mâles, Amouké et Bambou qui sont nés ici en 1996. »

Les chimpanzés se sont rapidement appropriés leur nouveau territoire dans lequel ils peuvent profiter d’une dizaine de structures en bois culminant entre cinq et sept mètres de hauteur. « Ils exploitent tout, et c’était assez fou d’ailleurs car dès le début, ils ont tout utilisé ! Ils ont découvert les cordages que nous avons installés, ils ont explorer tout l’espace d’une manière assez agile. Ils sont capables de traverser une corde qui fait vingt mètres de long en quelques secondes sur deux pattes. C’est incroyable de les voir dans cet espace, ça change complètement. Leur acclimatation s’est très bien passée, nous avons tous été agréablement surpris car habituellement, les chimpanzés donnent de la voix rapidement, ils étaient très à l’aise avant, c’était vraiment chez eux. Là, quand ils sont arrivés, ils étaient tout penauds, puis ils ont peu à peu pris confiance. Et aujourd’hui, c’est aussi beaucoup plus serein pour eux. » L’étendue du nouvel espace modifie également la dynamique sociale du groupe et permet à chaque individu de s’isoler de ses congénères ou de se soustraire du regard des visiteurs. « Avant, comme c’était plus petit il y avait forcément plus de tensions. Mais maintenant c’est le jour et la nuit, ça se passe très bien entre eux, ils peuvent se cacher pour ne pas se voir tout le temps et il y a des enrichissements pour diminuer les tensions quand ils sont excités. Ils ont toute une zone en hauteur dans la serre qui n’est pas visible du public où ils peuvent s’isoler si besoin. Nous sommes vraiment satisfaits, ils ont l’air vraiment heureux ici et c’est joli à voir. »

Le défi logistique du transfert de dix chimpanzés

Derrière cette réussite se cache une opération technique délicate : transférer dix chimpanzés adultes en une seule journée, un défi considérable. « Tout le monde ne s’en rend pas compte mais effectivement, transférer un groupe de dix chimpanzés, ce n’est pas une mince affaire ! » Les anciennes loges n’étaient pas conçues pour faciliter l’anesthésie simultanée d’un groupe aussi important. Or, le chimpanzé présente une résistance notable aux protocoles anesthésiques qui peut être accentuée par le stress d’une telle opération. « Tout s’est très bien passé, raconte Alexandre Blanchon. Chaque individu a été anesthésié, puis il y a eu des contrôles et des bilans vétérinaires sur chacun d’entre eux. Ils ont ensuite été transférés un à un et en une seule journée dans leur nouvel espace. » Une performance logistique qui témoigne d’une préparation minutieuse de l’opération par les soigneurs animaliers et les vétérinaires du parc. « Quand il s’agit d’un seul individu, c’est plutôt gérable. Mais sur dix chimpanzés, ce n’est pas pareil. Il suffit d’un peu de stress pour qu’ils deviennent très difficile à endormir. Le medical training peut nous aider, mais tous les individus ne sont pas réceptifs au même niveau. » La conception des loges dans le nouveau bâtiment améliore désormais les possibilités de réaliser des entraînements médicaux avec les primates, facilitant ainsi les soins volontaires et réduisant la contrainte. Cette évolution bénéficie autant au bien-être animal qu’aux équipes animalières et diminue le recours à des interventions plus lourdes.

Les drills s’installent dans l’ancien espace des chimpanzés

À la suite du déménagement du groupe de chimpanzés vers leur nouveau territoire de 5 000 m², leur ancien espace n’est pas resté inoccupé bien longtemps. Entièrement rénové, il accueille depuis la fin de l’année le groupe de drills déjà présent au parc. « C’est le jeu des chaises musicales, explique Alexandre Blanchon. Nous améliorons l’existant et nous déplaçons nos animaux quand nous le pouvons. Les drills ont pris possession de leur nouvel espace récemment, ils restent beaucoup à l’intérieur car les températures sont plutôt froides en ce moment. » Toutes les structures dédiés auparavant aux chimpanzés ont ainsi été remplacées par de solides troncs verticaux, de larges plateformes et d’épaisses cordes adaptées à la puissance de ces primates rarement visibles en parc zoologique. L’espace a également été replanté, même si, comme pour les chimpanzés, il faudra du temps pour que la végétation s’installe durablement. Une zone en eau structure l’enclos, sans vitres cette fois, offrant une lecture plus ouverte du paysage. Le drill, lui aussi classé « En danger d’extinction » (EN) par l’UICN, est un primate peu commun en parc zoologique, faisant également l’objet d’un EEP dont la gestion a été confiée au Zoo d’Hanovre en Allemagne. Ce programme rassemble à peine une centaine d’individus répartis dans seize parcs zoologiques européens et l’Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine reste à ce jour le seul établissement français à présenter l’espèce. Faute de brassage génétique suffisant, certaines femelles du parc sont actuellement placées sous implant contraceptif. La dernière naissance remonte à 2022, et le groupe compte actuellement 12 individus dont les plus âgés ont plus de 20 ans.

Le déménagement du groupe de drills s’inscrit dans une restructuration plus large de la partie basse du parc. « L’ancien enclos des drills fait lui aussi l’objet de travaux désormais. C’est toute une ancienne zone qui a plus de 30 ans, il y avait l’ancien enclos des coatis, une espèce que nous n’avons plus, il y avait aussi nos babouins hamadryas qui sont issus de cirque et qui sont pour l’instant retournés sur le refuge (Tonga Terre d’Accueil). Tout cela nous permet de réaliser des travaux sur ces trois espaces pour n’en faire qu’un par la suite. Nous déplaçons nos animaux aussi pour rénover le parc dans son ensemble. » À terme, cette zone pourrait accueillir des animaux issus de saisies, même si rien n’est encore officiellement arrêté. « Nous essayons de tenir cette ligne. Le parc zoologique s’est bâtit avec des animaux recueillis, sauvés à droite et à gauche. Au début, c’étaient des animaux locaux, après il y a eu les gorilles, puis les macaques de Barbarie, notamment dans les années 1990 et 2000. Nous essayons d’aider notre refuge du mieux possible, mais il joue un rôle important dans la gestion du parc puisque les deux sont reliés et les animaux sauvés font partie intégrante de notre philosophie, donc nous continuons sur cet axe là. » Les premiers chimpanzés étaient eux aussi détenus par des particuliers avant d’être confiés au parc, rejoints par la suite par des individus nés dans d’autres parcs zoologiques européens. « Finalement, ce ne sont pas des nouvelles espèces que nous présentons, ce sont des espèces qui étaient déjà chez nous mais pour qui il fallait améliorer les conditions de vie et donc le bien-être. »

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