Avec le Delta des Éléphants, l’arrivée d’un nouveau mâle reproducteur et le développement d’outils d’enrichissement innovants, le PAL transforme l’installation dédiée aux éléphants d’Asie et souhaite placer le bien-être animal et la reproduction de l’espèce au premier plan.
Un territoire de plus de deux hectares repensé pour répondre aux besoins comportementaux du groupe d’éléphants d’Asie
En 2026, les équipes du PAL inaugurent le Delta des Éléphants, un réaménagement de l’installation dédiée aux éléphants d’Asie qui constitue un ambitieux projet en faveur du bien-être des pachydermes. Après plusieurs mois de chantier et un investissement d’environ deux millions d’euros, les espaces extérieurs d’une surface de plus de deux hectares, ainsi que le bâtiment de 1200 m², ont été réaménagés afin d’offrir aux animaux des conditions de vie plus riches et plus proches de leurs besoins naturels. « L’été dernier, nous avons transformé de façon assez significative le bâtiment pendant que les éléphants étaient à l’extérieur, explique Nicolas Géli, responsable zoologique du PAL. Nous avons fait des travaux sur la maison des éléphants, qui n’a pas été agrandie à proprement parler, mais il y avait beaucoup d’espace pour les soigneurs et des espaces techniques que nous avons rendu aux animaux pour agrandir leurs espaces de vie. » Cet agrandissement s’accompagne d’une modification du substrat dans les loges des animaux avec la suppression des dalles béton remplacées par près de 80 centimètres de sable. Les espaces de vie intérieurs sont désormais plus vastes et mieux adaptés aux besoins des animaux. Durant l’hiver, les équipes du PAL ont ensuite pris le temps de réaménager presque entièrement le territoire extérieur des éléphants qui vont désormais profiter d’un accès libre à l’extérieur, en toute saison, jour et nuit. « Dès que les températures le permettent, nos éléphants sont tout le temps en accès libre. Nous les faisons simplement rentrer une fois chaque jour pour le training, leur donner des compléments alimentaires ou pour les soins. » Cette philosophie d’accès permanent à l’extérieur a également guidé toute la conception du nouveau Delta des Éléphants. Jusqu’à présent, les pachydermes ne pouvaient profiter du grand enclos végétalisé qu’en période estivale afin de préserver les prairies durant l’hiver. Désormais, l’intégralité des 2,2 hectares reste accessible toute l’année grâce à une meilleure gestion des zones de végétation et à l’aménagement de chemins à l’intérieur de l’enclos. « Avant, nous avions un enclos d’hiver qui finissait totalement ravagé avant les beaux jours et un grand enclos d’été que nous protégions l’hiver. Aujourd’hui, nous avons voulu un seul grand espace accessible toute l’année. Nous protégeons simplement certains îlots de verdure par des clôtures électriques selon les saisons. Et nous avons également créer des cheminements stabilisés que les éléphants peuvent emprunter pour circuler partout entre les zones de sables, l’espace boisé et les parties vertes. »


Plusieurs zones aux substrats différents ont ainsi été créées afin de diversifier au maximum l’espace. Un vaste sous-bois composé de grands chênes protégés et recouvert de copeaux de bois est désormais accessible aux éléphants, tout comme de nouvelles zones sablonneuses destinées aux bains de poussière et aux comportements de jeu. Des espaces végétalisés, volontairement laissés plus naturels pour permettre le broutage, ont également été ajoutés au coeur de l’enclos et une grande rivière qui traverse l’enclos a été créée. « Nous avions déjà un bassin en haut de l’enclos qui était très peu exploité par les éléphants mais aussi très peu valorisé pour le public, alors que la baignade est un moment fascinant à observer, poursuit Nicolas Géli. Nous avons donc conservé ce premier bassin et nous avons décidé d’y créer une cascade ainsi qu’une rivière qui se déverse dans un nouveau bassin, cette fois situé devant une nouvelle zone de présentation au public. » Des gradins végétalisés, pouvant accueillir entre 200 et 300 personnes, avec une ambiance de sous-bois asiatique aux alentours, ont été aménagés face à ce nouveau bassin et sont destinés aux nouvelles présentations pédagogiques quotidiennes. L’objectif n’est plus d’organiser des nourrissages à horaire fixe chaque jour mais de privilégier l’observation spontanée des comportements naturels des éléphants, notamment leurs longues phases de baignade particulièrement appréciées des visiteurs. « Nous voulions nous soustraire des goûters qui ont tendance à conditionner les animaux. Donc aujourd’hui, ce sont plutôt des présentations pédagogiques dans lesquelles nous parlons des éléphants en général mais aussi de nos individus, et pour ça, ils peuvent être n’importe où dans l’enclos. Ce qui est important, c’est le message que nous voulons transmettre, et lorsqu’ils sont dans le bassin, notre message a une portée encore plus forte puisque voir un éléphant se baigner, c’est un moment qui associe l’émotion au côté spectaculaire. » Au travers de ces nouvelles présentations pédagogiques, le PAL souhaite également mettre en avant tout le volet de la conservation in situ porté par la Fondation Le PAL Nature, particulièrement engagée au Népal auprès de l’association Stand Up 4 Elephants (SU4E) fondée par une ancienne soigneuse du PAL. Cette ONG travaille directement sur le terrain pour améliorer les conditions de vie des éléphants captifs exploités dans le tourisme, sensibiliser les populations locales et limiter les conflits entre humains et éléphants sauvages. « Elle travaille aujourd’hui sur la sensibilisation des populations locales aux menaces qui pèsent sur l’espèce, lutte contre l’utilisation touristique de l’animal, notamment les balades à dos d’éléphants, et puis elle prend en charge les individus très mal en point, qui ont été exploités. Elle a créé un sanctuaire pour eux, pour leur redonner une vie sociale et les remettre en bonne santé. » Le soutien du PAL se traduit à la fois par des aides financières, matérielles et humaines. « Beaucoup de soigneurs, du PAL et d’autres parcs d’ailleurs, partent sur place au Népal comme bénévoles. Nous envoyons également du matériel pour les éléphants, du matériel de soins en général, et puis nous apportons évidemment un soutien financier car c’est le nerf de la guerre. » L’association Stand Up 4 Elephants fait partie des 42 projets soutenus par la Fondation Le PAL Nature qui a par exemple fait un don de 15 000 € en 2024 à l’association.


Une gestion de l’alimentation innovante au service du bien-être des éléphants
L’un des aspects les plus innovants du Delta des Éléphants repose sur le nouveau système d’alimentation développé spécialement pour les pachydermes. Inspiré directement des comportements observés dans la nature, ce dispositif vise à rompre avec les distributions alimentaires fixes qui conditionnent fortement les animaux et les amènent à attendre les soigneurs ou certains horaires précis. Dans leur milieu naturel, les éléphants passent la quasi-totalité de leur journée à se déplacer pour rechercher de la nourriture, explorant en permanence leur environnement et modifiant régulièrement leurs trajets selon les ressources disponibles. Le PAL a donc cherché à s’éloigner des schémas traditionnels de nourrissage fixes souvent associés à des comportements d’anticipation et de conditionnement chez les animaux. « Nous avons mis en place des distributeurs automatiques de nourriture, de différentes sortes et de différents volumes. Il y a par exemple plusieurs boîtes à foin et à granulés, réparties dans et autour de l’enclos, qui vont s’ouvrir de manière complétement aléatoire. L’objectif est de multiplier les points de nourrissage et d’encourager les éléphants à explorer tout leur environnement. Nous cherchons à retrouver quelque chose qui se rapproche le plus possible d’un comportement naturel. » Le système, encore en cours de finalisation, représente une innovation relativement rare pour cette espèce mais qui a déjà été testé pour d’autres. « Je n’en connais pas beaucoup pour des éléphants, c’est quelque chose qui existe pour d’autres espèces, chez nous comme dans d’autres parcs zoologiques. Mais c’est innovant et ce sont des choses qui tendent à se développer, c’est notre avenir en tout cas », affirme le responsable zoologique. Cette approche modifie profondément la relation entre soigneurs et animaux puisque les interventions humaines directes liées à l’alimentation deviennent beaucoup moins fréquentes au cours de la journée. Chaque matin, les équipes préparent l’ensemble des dispositifs avant de laisser ensuite les éléphants gérer librement leurs déplacements et leur recherche alimentaire. « Nous préparons l’enclos tous les matins en remplissant les distributeurs, mais ensuite nous n’avons plus besoin d’intervenir sans cesse dans la journée. Nous restons surtout sur du foin et des granulés secs qui peuvent rester dehors sans problème. » Les rations alimentaires plus spécifiques, notamment les légumes ou certains compléments, restent quant à elles distribuées aux séances de training ou lors des soins réalisés en intérieur, maintenant ainsi une motivation positive pour le retour des animaux dans le bâtiment lorsque cela est nécessaire.


Les enjeux de reproduction avec l’arrivée de Kanvar, le nouveau mâle reproducteur
Le projet du Delta des Éléphants s’inscrit également dans une réflexion beaucoup plus large autour de la reproduction des éléphants d’Asie et des enjeux sanitaires associés. Le PAL fait partie des rares établissements français à héberger un groupe reproducteur de cette espèce (seulement deux parcs sur les six qui abritent des éléphants asiatiques en France). L’éléphant d’Asie est de plus classé « En danger d’extinction » (EN) sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et fait l’objet d’un Programme Ex-situ de l’EAZA (EEP), coordonné par le Zoo de Rotterdam aux Pays-Bas et regroupant plus de 200 individus répartis dans environ 70 établissements européens. Le PAL accueille actuellement trois femelles : Acra, 54 ans, la matriarche et doyenne du groupe, arrivée au PAL en 1997, Kaveri, 42 ans, et sa fille Nina, 32 ans, toutes deux arrivées en 2005 en provenance du Parc Zoologique de Paris. « Notre précédent mâle reproducteur, Upali, nous a quitté en octobre 2025 pour rejoindre Planckendael en Belgique, détaille Nicolas Géli. Il était déjà représenté chez nous et il y avait une nécessité de le mettre en situation de reproduction avec les femelles du parc belge pour créer une nouvelle lignée génétique, toujours dans cette perspective d’éviter les problèmes de consanguinité et de perte de diversité génétique. » C’est ainsi qu’après le départ d’Upali et les récentes rénovations des installations dédiées aux éléphants, le coordinateur de l’EEP et son comité ont recommandé en retour le transfert d’un nouveau mâle nommé Kanvar, qui a rejoint le groupe de femelles du PAL le 5 mai 2026. Ce nouveau mâle est arrivé en provenance de Planckendael, où il vivait depuis 2017, et a vu le jour en juillet 2008 à Selwo Aventura, un parc zoologique situé près de Málaga en Espagne. Le parc nourrit aujourd’hui de grands espoirs autour de Kanvar et de Nina, d’autant que le mâle a récemment réussi ses premiers accouplements naturels à Planckendael après plusieurs années sans reproduction. « Pendant longtemps, ils étaient inquiets parce qu’il ne se reproduisait pas. Puis, il y a environ huit mois, avant de nous rejoindre, il s’est reproduit naturellement pour la première fois ce qui était très rassurant pour nous. » Le parc belge a par ailleurs confirmé, en avril dernier, la gestation de l’une de ses femelles à la suite de ces accouplements avec le mâle aujourd’hui hébergé au PAL.


Nina est également la seule femelle du groupe encore en situation de reproduction pour quelques années. « Les autres femelles ne sont plus cyclées. Il faut savoir en plus que l’EEP privilégie en priorité la mise en reproduction de femelles âgées jusqu’à une vingtaine d’années et Nina sort normalement de ces critères à son âge. Mais il y a plusieurs explications qui font que nous avons eu la recommandation de reproduction avec elle. La première, c’est que Nina n’a pas énormément de descendance et qu’une union avec Kanvar, qui lui n’en a aucune et figure désormais en tête des priorités de reproductions dans l’EEP, serait vraiment très intéressante d’un point de vue génétique. La seconde explication, c’est le travail que nous réalisons au quotidien avec nos éléphants et les investissements que nous avons souhaité réaliser pour cette espèce dans sa reproduction au travers des travaux que nous avons entrepris sur l’installation. Enfin, le coordinateur sait que nous sommes très engagé dans la recherche auprès des éléphants et que nous participons financièrement à la recherche sur le virus de l’herpès, qui est quand même une vraie problématique en milieu zoologique mais aussi à l’état naturel. » L’herpèsvirus endothéliotrope de l’éléphant (ou EEHV) est une maladie particulièrement redoutée en captivité et responsable de nombreuses pertes chez les jeunes éléphants. Le PAL espère également intégrer prochainement les essais européens autour d’un vaccin actuellement en cours de développement aux États-Unis. « C’est une véritable épée de Damoclès pour les équipes animalières. Tant d’efforts peuvent être réduits à néant en quelques jours. Nous nous sommes inscrit dans la phase test du vaccin en Europe, mais il faut une femelle gestante pour pouvoir participer car le vaccin se fait durant la gestation. » Une éventuelle gestation représenterait un enjeu considérable pour le parc mais aussi pour la recherche vétérinaire européenne sur cette maladie. Et une naissance de femelle serait particulièrement importante puisque chez les éléphants d’Asie, les femelles restent au sein du groupe familial et constituent le socle des futures lignées reproductrices. Après trois semaines d’acclimatation dans sa nouvelle installation, Kanvar a fait ses premières sorties les 1er et 2 juin derniers afin de découvrir le Delta des Éléphants et faire connaissance avec Accra, Kavery et fille Nina, les trois femelles. « La première réaction de Kanvar a été de découvrir les premiers mètres de cet enclos et d’interagir avec Accra. Le face-à-face s’est avéré très positif. Les deux pachydermes se sont immédiatement jaugés et reniflés. Ensuite, Kanvar a poursuivi sa découverte de l’enclos puis Kavery est venue à sa rencontre. Le feeling s’est tellement bien passé qu’une presque situation de reproduction a eu lieu ! » À terme, conformément aux nouvelles orientations de l’EEP et la volonté des équipes du PAL, l’objectif sera de maintenir les quatre individus ensemble le plus longtemps possible, y compris la nuit.




