En quelques semaines seulement, le ZooParc de Beauval a connu deux événements sans précédent avec les naissances de deux bébés rhinopithèques de Roxellane. Parmi elles, la toute première naissance mondiale d’un individu de cette espèce en dehors de l’Asie, une avancée majeure pour la conservation d’un primate menacé et parmi les plus rares au monde.
Une première naissance historique suivie d’un seconde aussi exceptionnelle
Le 11 mars 2026 marque une date historique pour le ZooParc de Beauval qui a vu naître un bébé rhinopithèque de Roxellane, une première pour le parc mais également une première mondiale hors d’Asie. Le nouveau-né est le tout premier de la femelle Jindou, née en mars 2018, dont la gestation avait été suivie avec attention par les équipes, sans qu’une date précise ne puisse être anticipée avec certitude. « C’est vraiment une grande nouvelle, raconte Rodolphe Delord, directeur du ZooParc de Beauval. On voyait la femelle s’arrondir un peu, on la voyait chaque jour un peu plus grosse. On voyait même les deux femelles s’arrondir et nous avons eu la joie de voir naître ce premier bébé le 11 mars dernier. Et c’est le premier singe doré qui naît en dehors de l’Asie, c’est une chance incroyable ! Ce bébé est avec sa maman depuis le premier jour, elle s’en occupe parfaitement bien et tout va bien. » Cette naissance, survenue dans la matinée et observée à la fois par les soigneurs et par quelques visiteurs particulièrement chanceux, s’inscrit dans le cadre du programme international de conservation et de recherche mené avec la Chine. Le ZooParc de Beauval est devenu, en avril 2025, le premier parc zoologique en dehors du continent asiatique à accueillir cette espèce exceptionnelle. « Beauval est le premier parc zoologique au monde hors Asie a qui la Chine en a confié, et c’est pratiquement un an après que le premier bébé est né. » Très rapidement après leur installation dans les Hauteurs de Chine, le mâle Jinbao et les deux femelles Jindou et Jinhua ont montré des comportements reproducteurs, avec des accouplements observés dès les premières semaines, laissant présager des naissances à venir. « Nous avons constitué cette famille chez nous, le mâle ne connaissait pas les deux femelles. Mais ils sont tombés amoureux tout de suite et nous avons observé des accouplements dès leur arrivée ici, et puis très régulièrement ensuite. C’est la France, c’est le pays de l’amour ! »

Le nouveau-né, immédiatement pris en charge par sa mère qui l’a maintenu contre elle dès les premières secondes, a présenté des signes de bonne santé dès les premières heures. Les soigneurs animaliers du secteur sont particulièrement vigilants face aux enjeux des premiers jours, toujours cruciaux chez les primates, et encore plus dans le cas d’une première mise bas. Moins d’un mois plus tard, dans la nuit du 2 avril peu avant minuit, un second événement est venu confirmer cette dynamique exceptionnelle avec la naissance d’un deuxième bébé, cette fois issu de la femelle Jinhua, née en juin 2019, constatée grâce aux caméras installées dans les loges. Au petit matin, les équipes ont pu observer un second petit en excellente santé, ayant déjà tété à plusieurs reprises, les yeux bien ouverts et capable de s’agripper solidement à sa mère lors de ses déplacements. Le sexe du nouveau-né reste encore inconnu, tout comme celui du premier petit né en mars, même si ce dernier est très probablement une femelle. Ces deux naissances survenues à quelques semaines d’intervalle constituent un événement tout à fait exceptionnel pour une espèce aussi rare et complexe à reproduire. En général, les naissances surviennent tous les deux ans après une gestation d’environ six à sept mois. « Contrairement à beaucoup de primates, qui peuvent peuvent procréer pratiquement tout au long de l’année, chez le singe doré, la période des naissances s’étale d’avril à juin, toujours au début du printemps. » Les prénoms des deux petits n’ont pas encore été dévoilés, les équipes de Beauval étant en concertation avec leurs partenaires chinois. À terme, les jeunes primates devront rejoindre la Chine aux alentours de l’âge de six ans, une échéance liée à leur maturité sexuelle, laissant néanmoins entrevoir la possibilité de constituer un groupe plus important avec de nouvelles naissances dans les années à venir. La longévité de l’espèce pouvant atteindre 25 à 30 ans, les individus adultes présents à Beauval, aujourd’hui âgés de 6 à 8 ans, se trouvent dans une phase particulièrement favorable à la reproduction. Les visiteurs peuvent d’ores et déjà observer les deux bébés tout au long de la journée sur les Hauteurs de Chine, près des pandas géants.
L’occasion d’observer la vie de groupe chez les singes dorés de Beauval
Au-delà de la rareté que représentent ces deux naissances, elles offrent également une opportunité unique d’observer les comportements sociaux particulièrement complexes du rhinopithèque de Roxellane. Dès les premières heures suivant la seconde naissance, la femelle Jinhua s’est montrée particulièrement calme et protectrice, manipulant son petit avec précaution, y compris en présence des soigneurs avec lesquels elle continue d’interagir normalement. L’ensemble du groupe prend part à l’élevage des jeunes, un comportement typique de l’espèce mais rarement observable. « Nous ne les avons jamais séparés, ils sont ensemble 24 heures sur 24, de jour comme de nuit, ajoute Rodolphe Delord. Tout le monde s’est occupé du premier petit, les deux femelles comme le mâle. Les femelles s’échangeaient le petit mais comme il n’y en avait qu’une qui avait du lait, il retournait auprès de sa mère pour téter. » Ce phénomène est appelé « allonursing » et avec l’arrivée du second petit, les deux femelles pourront continuer d’échanger leurs petits de manière naturelle et pourront également allaiter les deux petits à tour de rôle.

Le premier bébé, de plus en plus autonome, commence déjà à manifester une certaine curiosité et s’approche du nouveau-né pour déjà interagir avec lui. Le mâle Jinbao quant à lui, adopte une posture globalement calme mais reste attentif à son environnement, se montrant légèrement plus vigilant face aux stimuli extérieurs. Les rhinopithèques de Roxellane du ZooParc de Beauval évolue dans une installation pensé pour leur bien-être avec deux volières utilisées en alternance afin de préserver la végétation et de permettre une gestion plus souple des individus si nécessaire. Ces naissances s’inscrivent dans un programme de coopération avec le Shanghai Wild Animal Park, d’où sont originaires les adultes, avec lequel les équipes de Beauval échangent quotidiennement photos, vidéos et données comportementales afin d’assurer un suivi précis des deux petits. Classé « En danger d’extinction » (EN) sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et considéré comme un véritable trésor national en Chine, au même titre que le panda géant, le rhinopithèque de Roxellane est extrêmement rare en captivité, avec seulement deux parcs zoologiques qui le présentent actuellement en Europe et une poignée d’établissements en Asie, en dehors de la Chine.
Un début d’année particulièrement riche pour les naissances de primates à Beauval
Ces deux naissances de rhinopithèques de Roxellane s’inscrivent dans une dynamique beaucoup plus large qui fait de ce début d’année 2026 une période particulièrement riche en naissances, avec une autre double naissance chez les éléphants de savane d’Afrique, une nouvelle naissance chez les céphalophes à dos jaune, une autre chez les bongos des montagnes mais aussi une seconde femelle chez les rhinocéros indiens. Pour les primates du ZooParc de Beauval, une succession d’événements marquants est venue compléter ce carnet rose déjà exceptionnel. Dès le mois de janvier, un langur de Java est venu inaugurer cette série de naissances, suivi en février par celles d’un patas et d’un colobe guéréza, avant qu’un second colobe ne voie le jour en mars dernier. À cela s’ajoute une naissance particulièrement symbolique le 1er avril 2026 d’un gibbon à favoris roux. Il s’agit du premier petit du couple formé par Maïka et Hatin, installé sur une île à l’entrée du parc depuis 2023, et marque une étape importante pour cette espèce au sein de Beauval. Ces naissances sont aussi extrêmement importantes dans un contexte où de nombreuses espèces de primates font face à des menaces croissantes dans leur milieu naturel, qu’il s’agisse de la déforestation, du braconnage ou de la fragmentation des habitats. Certaines espèces hébergées à Beauval sont menacées de disparition dans la nature, à l’image du langur de Java, classé « Vulnérable » (VU), et du gibbon à favoris roux, classé « En danger critique d’extinction » (CR) par l’UICN. Les Programmes d’Élevage Européens (EEP) et les coopérations internationales jouent donc un rôle essentiel pour maintenir des populations génétiquement viables en captivité, soutenir les recherches scientifiques et contribuer à des projets de conservation in situ.





