© MNHN - G. Balemboy
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Les orangs-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes découvrent un nouvel espace en 2026

Après plusieurs années de conception et de travaux, la Ménagerie du Jardin des Plantes a ouvert un nouvel espace extérieur consacré à ses orangs-outans de Bornéo. Ces derniers peuvent désormais évoluer dans une structure culminant à 15 mètres de hauteur, cinq fois plus vaste que leur espace historique, offrant un volume de plus de 2000 m³ et un environnement plus complexe, plus riche et davantage adapté à leurs besoins. Ouvert au public depuis le printemps 2026, cet agrandissement, attendu depuis plusieurs années, a nécessité une certaine adaptation au site classé monument historique.

Pour comprendre les coulisses de ce projet, les choix qui ont guidé sa conception et les premiers comportements observés chez les orangs-outans depuis leur installation, nous avons rencontré Aude Bourgeois, directrice et vétérinaire de la Ménagerie du Jardin des Plantes, directement sur place. Une rencontre à retrouver dans son intégralité dans notre podcast pour découvrir, au-delà de l’article, ses explications et anecdotes.

Un nouvel espace cinq fois plus grand pour les orangs-outans de Bornéo

Cela faisait huit ans que les équipes de la Ménagerie du Jardin des Plantes attendaient de voir le groupe d’orangs-outans de Bornéo profiter d’un agrandissement conséquent de son espace de vie. C’est chose faite depuis ce printemps avec l’inauguration d’une toute nouvelle volière reliée au bâtiment historique des primates, datant de 1934, pour un budget global d’environ 4 millions d’euros. « Ce projet date de très longtemps, reconnaît Aude Bourgeois, directrice et vétérinaire de la Ménagerie du Jardin des Plantes. Un schéma directeur avait été fait en 2007 et un projet avait été dessiné pour refaire un espace extérieur et réaménager l’intérieur. Un enclos pour orangs-outans demande des aménagements assez importants et coûte très cher, donc cela à pris du temps. On a eu un soutien de la part du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) pour lancer le projet en 2018, il y a eu un concours pour le choix du cabinet d’architecte qui allait porter le projet et les travaux ont vraiment commencé en 2023. » Depuis 2018, le financement du projet a en partie reposé sur les fonds du programme de parrainage de la Ménagerie, qui a permis de collecter près de 400 000 euros entre 2019 et 2025, sur les dons issus du dîner de gala « Biodiversité en danger » du Muséum consacré aux grands singes, ainsi que le soutien de la S.E.C.A.S. Le nouvel espace permet aux orangs-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes de bénéficier d’un environnement cinq fois plus spacieux qu’auparavant. « Cela décuple l’espace et nous permet aussi de mieux gérer les groupes. Nous sommes contents du résultat, on voit en plus qu’il y a un vrai impact sur la diversité de comportements des orangs-outans. » Cette nouvelle structure, qui culmine à 15 mètres de hauteur et couvre un espace d’environ 570 m² au sol, autrefois réservé à un ancien enclos pour herbivores, offre un volume de plus de 2200 m³, soit l’équivalent d’une piscine olympique. « La difficulté du projet c’est que la Ménagerie du Jardin des Plantes, qui existe officiellement depuis 1794, est classée monument historique depuis 1993. Et quand on parle de monuments historiques, souvent on imagine les bâtiments, mais cela comprend également le tracé des allées, les barreaux, les pavés et même certains arbres, pas au titre des monuments historiques mais des arbres remarquables. Donc il a fallu composer avec toutes ces contraintes. Et le projet est assez étonnant parce qu’il est très moderne, il est même en dissonance avec ce qui peut se faire actuellement où on imagine des éléments intégrés, qui ne se voient pas, très naturels. Là, on est dans du brut. » Posée au milieu des anciens bâtiments et enclos du parc, les 900 m² de filet et la forme élancée de cette nouvelle volière ont de quoi retenir l’attention. « On voit la structure métallique, ce qui est complètement assumé par l’architecte qui la voyait comme un élément qui permettrait aux orangs-outans de grimper. C’est pour ça qu’il a fait cette structure un peu réticulée qui forme un peu les barreaux d’une échelle pour leur permettre de monter. » L’ensemble représente environ 30 tonnes d’acier fabriqué en France et acheminé jusqu’au cœur du parc via un convoi exceptionnel.

En terme d’aménagement intérieur, tout a été pensé pour éveiller les comportements naturels des primates avec notamment plusieurs structures en troncs d’acacia, des nids placés en hauteur, des mâts de brumisation et des dizaines de mètres de cordages répartis dans tout l’espace. « Il y a, de chaque côté, des bassins à débordement qui permettent de rajouter de l’eau, du dynamisme et des plantes aquatiques, détaille la directrice de la Ménagerie. Il y a plus d’une cinquantaine d’espèces de végétaux plantés, pas juste du gazon. Il y a vraiment de la prairie, de la menthe, plein d’herbes, différentes graminées, des choses auxquelles les orangs-outans peuvent toucher. Tout est vérifié par le service vétérinaire, tout est non toxique et plutôt comestible. Ils ont quand même leurs préférences, il y a des choses auxquelles ils n’ont pas trop touché, mais on avait mis des bambous par exemple, il n’en reste plus beaucoup. On replantera en automne parce que l’idée c’est qu’ils en aient en permanence. Il y a vraiment beaucoup de choses à découvrir, à explorer ou à chercher. » Pour l’équipe de soigneurs animaliers en charge du groupe d’orangs-outans, de nombreuses évolutions facilitent désormais le travail au quotidien. « Il y a un sas d’entrée pour les soigneurs avec deux petites loges à l’intérieur, poursuit la directrice du parc. Ce sont des loges qui nous permettent de faire par exemple du training en sécurité à l’intérieur, on y a inséré une balance pour avoir des pesées plus facilement. Et c’est aussi un espace qui permet de sécuriser en cas d’urgence. Si on a quoi que ce soit qui se passe dans la volière, si on doit sécuriser les orangs-outans temporairement, on a cet endroit-là. » Du côté des visiteurs, le nouvel espace des orangs-outans offre son lot de nouvelles perspectives d’observation de ces grands singes avec trois points de vue principaux, conçus de la même manière, placés aux trois angles de la structure. « On a deux points de vue qui donnent plutôt sur les bassins, et celui-ci qui est sous la passerelle qui est aussi un lieu où on peut s’abriter s’il pleut et qui permet aussi d’observer les orangs-outans. » Une passerelle, qui présentait elle aussi plusieurs contraintes, constitue le lien entre le bâtiment historique, datant de 1934, et la nouvelle volière. Il s’agit d’un pont placé au-dessus du chemin des visiteurs, permettant aux orangs-outans de circuler entre la partie intérieure et la partie extérieure de leur espace de vie. « On a un auvent sous la passerelle qui assure une certaine sécurité pour le public et qui récupère les éventuelles déjections. » Le bâtiment historique fait également l’objet de travaux cet été avec le réaménagement des six loges destinées aux orangs-outans ainsi que des travaux de peinture dans la galerie, tandis que l’ancien espace extérieur a été rénové avec l’installation de vitrages antireflets.

De Nénette à Java, un groupe de cinq orangs-outans à la Ménagerie

L’autre enjeu du projet était de pouvoir adapter l’espace à un groupe dont la composition et les relations sociales nécessitent une gestion particulièrement souple. « On a cinq individus, quatre femelles et un mâle. La plus jeune a huit ans et la plus vieille a 57 ans », rappelle Aude Bourgeois. Nénette, dont l’origine est en partie inconnue, est arrivée au parc en 1972 alors qu’elle était âgée d’environ trois ans. Elle est l’un des derniers orangs-outans nés dans la nature encore présents en parc zoologique. « Nénette a un âge estimé à 57 ans. À l’époque, en 1972, on avait estimé qu’elle avait à peu près trois ans. On ne connaît pas trop son histoire avant son arrivée, ce qui est certain, c’est qu’elle vient de la nature. C’est un marchand, qui l’avait à Paris, qui aurait contacté le Muséum pour pouvoir s’en débarrasser. On sait que les mères sont très protectrices envers les petits, donc soit sa mère a été retrouvée morte, soit elle a été tuée. » Le jeune orang-outan est dépendant de sa mère jusqu’à l’âge de six ans environ, ce qui signifie qu’à son arrivée, Nénette avait encore besoin d’une très grande attention. « À trois ans, elle était vraiment juvénile. Elle a terminé d’être élevée ici, je me souviens que la précédente vétérinaire me disait qu’elle faisait sa tournée du matin avec Nénette dans les bras, elle avait encore besoin d’un contact maternel. » Au cours de sa vie, Nénette a donné naissance à quatre petits, quatre mâles, qu’elle a, à chaque fois, élevés avec succès. Elle fait également partie des plus vieux orangs-outans connus au sein des parcs zoologiques internationaux. « Elle a beaucoup de descendants maintenant, elle est même arrière arrière grand-mère ! La mise en commun des connaissances, les données, les recherches sur l’écologie, sur l’alimentation, ont permis aux parcs zoologiques d’énormément progresser sur l’élevage, le maintien des orangs-outans, leur nutrition, leur santé, etc. Ce qui fait que l’allongement de l’espérance de vie en parc zoologique n’a fait qu’augmenter depuis plusieurs années. » Les cinq orangs-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes sont répartis en deux groupes distincts et ne vivent donc pas tous ensemble. Théodora, née en mai 1988 au Jersey Zoo au Royaume-Uni, aujourd’hui âgée de 38 ans, vit avec sa fille Java et le mâle Banggi. Née en 2018 à la Ménagerie du Jardin des Plantes, Java est aussi la fille de Banggi, né en 2006 au Bioparc Fuengirola en Espagne, le mâle dominant du groupe. Le second groupe est composé de Tamü et de Nénette. Née en 2004 au Twycross Zoo en Angleterre, Tamü est également la fille de Théodora et a rejoint la Ménagerie en 2007, aux côtés de sa mère. Les orangs-outans sont des animaux plutôt solitaires, leur système social est décrit comme un mode de fission-fusion, ce qui signifie que les individus doivent pouvoir se rapprocher ou s’isoler selon leurs besoins. Cette caractéristique explique notamment pourquoi les cinq individus ne vivent pas tous ensemble en permanence, Nénette étant maintenue à l’écart du mâle en raison de son âge et de son histoire sociale. Tamü a été séparée de Banggi après que leurs relations ont évolué avec l’âge. « La femelle Théodora, elle, accepte le mâle, ça se passe bien, ils sont en groupe familial. Si ça devait changer, on composera avec leurs besoins, c’est pour ça qu’il faut une vraie souplesse. »

Les premières explorations des orangs-outans dans leur nouvelle volière

Les premiers tests de découverte de ce nouvel équipement par les orangs-outans ont débuté le 26 mars 2026. La Ménagerie du Jardin des Plantes a été fermée au public durant deux jours pour assurer la tranquillité des animaux durant cette phase de découverte et permettre aux équipes de réagir rapidement en cas de problème. Dès leurs premières sorties, les cinq orangs-outans ont adopté des comportements différents selon leur âge, leur tempérament et leur expérience. Nénette, pourtant âgée de 57 ans et atteinte d’arthrose, a été la première à investir les hauteurs. « C’est assez étonnant parce que Nénette a été la première à aller tout là-haut, au point le plus haut, elle a fait ça le premier jour où elle est sortie. Et en fait, elle a vraiment pris son temps, elle a utilisé la structure comme une échelle et elle est montée petit à petit. Finalement, elle est pas mal active pour son âge ! » Le comportement de Nénette a cependant évolué avec l’arrivée des visiteurs. Alors qu’elle exploitait largement les hauteurs pendant les phases de test, elle privilégie désormais davantage les zones basses lorsque le public est présent. « Une fois qu’on a complètement rouvert, elle s’est placée en bas, dès qu’il y a eu du public. Aujourd’hui elle ne monte quasiment plus en fait, comme il y a tout le temps du monde, elle regarde les gens, elle interagit. » Les réactions à la nouveauté ont été très différentes d’un individu à l’autre. Théodora a immédiatement traversé la passerelle et exploré l’ensemble de l’installation, tandis que sa fille Java, seule orang-outan du groupe née à la Ménagerie, a d’abord manifesté une forte inquiétude. « Théodora, c’est la première qui est sortie, poursuit la directrice du parc. Elle ne s’est pas posé de questions, elle a traversé la passerelle, elle est sortie, elle a tout exploré, elle a fait le tour. C’était très émouvant. Et pendant ce temps-là, sa fille hurlait à l’intérieur. » Java, la plus jeune femelle, est restée plusieurs semaines réticente à l’idée de franchir le passage, au point de rechercher constamment la proximité de sa mère. Théodora a alors modifié son propre comportement pour l’accompagner dans cette phase d’adaptation. « Lorsque sa mère est rentrée, elle l’a agrippé et ne l’a plus lâché. Donc sa mère, qui est très patiente et qui est une très bonne mère, n’est pas ressortie les jours suivants. Elle est même restée à l’opposé de la sortie parce que dès qu’elle regardait la trappe, sa fille paniquait. Elle est restée avec sa fille, elle l’a rassurée, elle a pris le temps. » Les soigneurs ont parallèlement utilisé différents enrichissements, notamment des branchages et des petites pistes de miel, afin de rendre progressivement la sortie plus attractive. Banggi, le mâle adulte, a lui aussi adopté une stratégie prudente. « Il était assez craintif au début. Il a fait beaucoup d’allers-retours dans la passerelle, il avançait de plus en plus loin, mais il revenait toujours en sécurité. Et dans les premiers temps, lorsque les femelles ne voulaient pas sortir parce qu’il y avait la petite qui avait peur, lui allait brasser des poignées entières de végétaux, il les ramenait pour manger à l’intérieur. Donc pour lui c’était plutôt le garde-manger, et puis à l’intérieur, il était en zone de sécurité. »

Des chercheurs et des éthologues suivent les orangs-outans de la Ménagerie afin de comparer leurs comportements avant et après l’ouverture de la nouvelle volière. « Ce qui est intéressant, c’est que nous avons des éthologues sur place en permanence, avec une observation du comportement des orangs-outans suite à l’ouverture de cet espace, explique Aude Bourgeois. Ils faisaient une recherche sur les capacités cognitives des orangs-outans, et comme ils étaient déjà sur place depuis plusieurs mois, voire années, ils connaissaient bien les orangs-outans et ont fait leur suivi comportemental pour voir comment ça se passe. » Les premières observations montrent notamment davantage de comportements de fourragement et de déplacement de la part des individus. « Du fait que ce soit un sol naturel avec beaucoup de végétaux, on les voit passer beaucoup de temps en train de chercher la nourriture, à se nourrir. » Les équipes restent toutefois dans une phase d’observation et d’ajustement, le temps pour les orangs-outans de s’habituer à cet agrandissement. « Pour le moment, on les rentre, on verra comment ça évoluera à l’avenir. Et puis il y a encore des petites choses qu’on a besoin d’ajuster, on veut s’assurer que tout se passe bien. » Les animaux testent en effet les installations avec une force considérable. Le mâle, Banggi, a par exemple déjà déplacé une pierre d’environ 300 kg placée à l’intérieur de la nouvelle volière. « C’est à ce moment-là qu’il faut être très vigilant. Les premières semaines ont demandé quelques petites interventions, on sait que les orangs-outans sont très destructeurs. »

Conservation de l’espèce et programme d’élevage européen

La transformation de l’espace dédié aux orangs-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes est aussi l’occasion de rappeler la situation de l’espèce dans la nature. L’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) est classé « En danger critique d’extinction » (CR) sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et ne subsiste plus que sur l’île de Bornéo. « Il est confronté, comme beaucoup d’espèces qui vivent dans les forêts, à la perte de son habitat et la menace essentielle, c’est l’activité humaine, rappelle Aude Bourgeois. Il y a l’exploitation du bois, l’exploitation de la forêt, et puis surtout la transformation de la forêt pour des plantations de bois exotiques ou de palmiers à huile. » Les estimations font état d’une perte de près de 80% de l’habitat naturel des orangs-outans à Bornéo en seulement quelques décennies. « Les populations ont énormément décliné. C’est assez terrifiant de se dire que si on reste sur cette lancée, les orangs-outans risquent de disparaître dans quelques décennies. Heureusement, il y a des aires protégées et des protections qui sont mises en place. » Des recherches montrent également une capacité d’adaptation plus importante qu’on ne le pensait puisque des orangs-outans peuvent encore être observés dans certaines zones exploitées. La Ménagerie soutient des actions de conservation sur le terrain, notamment avec l’association HUTAN à laquelle une partie des fonds issus du parrainage des animaux est reversée. « C’est une association créée initialement par un français et on finance une partie de leurs activités, notamment grâce aux parrainages. On propose à nos visiteurs de parrainer l’espèce ou un individu et une partie des dons va directement à l’association. » Installée à Bornéo depuis 1996, HUTAN a mis en place un programme de préservation de la faune sauvage dans la région de la Kinabatangan, située au nord-est de l’île, et vise à protéger l’orang-outan et l’éléphant, tous deux extrêmement menacés. La Ménagerie du Jardin des Plantes participe également au Programme Européen d’Élevage (EEP) des orangs-outans, coordonné par l’Allwetterzoo Münster en Allemagne. « Il y a même un programme d’élevage international avec des coordinations régionales. Au niveau européen, c’est un EEP dont on fait partie. » Celui-ci distingue clairement les deux espèces d’orangs-outans reconnues dans les programmes de conservation : l’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) et l’orang-outan de Sumatra (Pongo abelii). Quelques individus issus d’anciens croisements entre ces deux espèces subsistent néanmoins encore dans les parcs zoologiques, conséquence de pratiques anciennes à une époque où leur origine génétique était moins prise en compte. « Il y a encore quelques individus hybrides dans la population, ajoute la directrice de la Ménagerie. Mais la part d’individus hybrides tend à diminuer avec le temps. Ils sont bien identifiés, l’origine des individus était connue, donc on sait exactement quels individus sont hybrides. Ils sont placés au sein de groupes où ils ne peuvent pas se reproduire. »

L’objectif du programme est avant tout de maintenir une population viable et génétiquement diversifiée sur plusieurs générations. Alors que les programmes d’élevage ont été conçus initialement sur un horizon de plus d’un siècle, certains se projettent désormais sur plus de 200 ans. « L’objectif d’un programme d’élevage c’est de maintenir la diversité génétique sur le long terme. Là, on est à 98% de diversité génétique, on dit qu’il faut atteindre plus de 90% donc c’est un programme qui est plutôt bien géré. » La principale difficulté réside désormais dans la capacité des établissements à accueillir les animaux dans des installations adaptées à leur biologie et à leur organisation sociale. Les installations modernes doivent donc offrir plusieurs espaces communicants, intérieurs comme extérieurs, afin de permettre une certaine souplesse et répondre aux besoins du programme d’élevage. « Le programme rencontre évidemment plusieurs difficultés qui sont liées au manque de structures disponibles pour accueillir des orangs-outans. Pour les grands singes, de manière générale, il faut des structures assez importantes dans lesquelles on doit pouvoir faire en sorte que les individus choisissent d’être ensemble ou de se séparer. » Les recommandations du coordinateur prévoient notamment de pouvoir accueillir au moins deux mâles et plusieurs femelles, tout en permettant à ces dernières de choisir avec quel mâle elles souhaitent cohabiter. « Les mâles ne peuvent pas vivre ensemble, ils ne s’entendent pas, indique Aude Bourgeois. Les jeunes mâles peuvent cohabiter avec leur père jusqu’à un certain âge et bien souvent, à l’adolescence, ils sont éjectés donc ils doivent être séparés. » Cette dynamique conduit à une autre difficulté pour le programme : celle des mâles dits « en surplus ». Le sexe-ratio à la naissance étant proche de l’équilibre, avec environ autant de mâles que de femelles, mais l’organisation sociale reposant sur un mâle pour plusieurs femelles, les naissances de mâles peuvent rapidement générer des besoins supplémentaires en matière d’hébergement. « C’est pour cela que le programme demande maintenant de pouvoir héberger au moins un mâle en plus, c’est-à-dire que s’il y a un petit qui naît et que c’est un mâle, il faut être en capacité de pouvoir le garder sur le long terme. » Et pour le groupe présent à la Ménagerie du Jardin des Plantes, aucune reproduction n’est souhaitée à l’heure actuelle, pas même que l’arrivée éventuelle d’un nouvel individu. « Ce n’est pas forcément un souhait, on se plie complètement aux recommandations du programme d’élevage. Et là, génétiquement, les individus sont déjà bien représentés et le coordinateur nous a demandé de ne pas les reproduire. Donc nos femelles qui sont avec le mâle sont sous contraception, même la plus jeune, elles prennent la même pilule que les humains. Notre idée, c’était d’agrandir pour ceux qui sont déjà là. Accueillir un individu en plus serait trop compliqué actuellement. Avec deux groupes, on ne peut pas se permettre d’avoir un individu qu’on ne pourrait pas gérer s’il n’était pas accepté par les autres. »

Pour aller plus loin, retrouvez notre épisode de podcast en immersion à la Ménagerie du Jardin des Plantes avec Aude Bourgeois !

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