À Biotropica, les équipes célèbrent les naissances historiques des toutes premières roussettes de Livingstone nées en France, marquant un tournant dans la conservation de cette espèce menacée. Le carnet rose du parc s’est également enrichi avec les premières portées de rats-taupes de Zambie, une autre espèce unique en France, ainsi qu’un nouveau bébé paresseux, le douzième depuis la création du parc.
Les premières naissances de roussettes de Livingstone en France
À Biotropica, les espèces rares et menacées ont le vent en poupe et c’est bien souvent que le parc animalier enregistre des naissances uniques. Depuis le début de l’année 2025, ce sont les roussettes de Livingstone qui font la fierté des équipes du parc. Ces mammifères volants de la famille des chauves-souris viennent tout juste de se reproduire et trois femelles ont récemment donné naissance à des petits après une gestation d’environ six mois. « Nous avons quatre femelles et trois d’entre elles ont eu des petits, indique Laëtitia Lassalle, assistante zoologique de Biotropica. Pour la quatrième, nous attendons également, mais elle devrait probablement aussi mettre bas. » Malgré l’attente, il est difficile pour l’équipe animalière de déterminer si les femelles sont gestantes, même si, visuellement, leurs ventres se sont quelque peu arrondis dernièrement. « J’attendais cette première naissance avec tellement d’impatience, se réjouit Rachel Delarivière, soigneuse animalière en charge des chauves-souris. Je voyais les ventres s’arrondir… Je n’y croyais pas lorsque je suis venue les nourrir ce matin-là ! C’est une tellement belle surprise ! »

Les roussettes de Livingstone, aussi appelées chauves-souris géantes des Comores en raison de leur impressionnante taille, sont présentes à Biotropica presque depuis la création du parc. L’espèce évolue dans une volière au sein de la serre tropicale, en cohabitation avec une autre espèce de chauves-souris : les renards-volants de Lyle. « Historiquement, depuis 2013, nous n’avions que des mâles, ajoute Laëtitia Lassalle. Nous avions pour projet d’agrandir notre groupe de roussettes de Livingstone pour la reproduction, quitte à réduire le nombre de renards-volants de Lyle, afin d’offrir plus de place aux roussettes de Livingstone, qui sont plus menacées et bien moins représentées en captivité. » C’est ainsi que quatre femelles sont arrivées à Biotropica en 2023 en provenance du Zoo de Jersey, dans les îles Anglo-Normandes. « Cette colonie nous est confiée par le gouvernement comorien, qui en reste le propriétaire, avec la mission de la sauvegarder, explique François Huyghe, directeur et vétérinaire du parc. Et l’arrivée de ces quatre premières femelles, nées à Jersey, était indéniablement un moment très attendu pour nous ! Pendant plus de 10 ans, nous avons démontré au gouvernement des Comores et au coordinateur du programme d’élevage le grand soin que nous apportions à ces magnifiques géantes, et notre patience a été récompensée par l’arrivée de ces premières femelles ! »
Une espèce gravement menacée et très rare en captivité
La roussette de Livingstone est actuellement classée « En danger critique d’extinction » (CR) sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et ces trois naissances exceptionnelles représentent évidemment une excellente nouvelle pour l’espèce. Celle-ci fait d’ailleurs l’objet d’un Programme Européen pour les Espèces menacées (EEP) coordonné par le Zoo de Jersey justement, qui héberge la majorité des individus en Europe. « Nous sommes les seuls, avec le Zoo de Jersey et le Zoo de Northumberland en Angleterre, à présenter des roussettes de Livingstone au public, poursuit Laëtitia Lassalle. Le Zoo de Jersey a été le premier à en accueillir et à enregistrer des naissances. Ensuite, le Zoo de Bristol détenait un groupe reproducteur, mais il ne présente plus cette espèce aujourd’hui. Actuellement, seuls trois parcs dans le monde hébergent des roussettes de Livingstone, et celles présentes en Europe sont les seules en captivité à l’échelle mondiale. » La population européenne de roussettes de Livingstone compte actuellement 128 individus, répartis dans ces trois parcs zoologiques, dont près de 90 au Zoo de Jersey. « Chaque individu présent ou né à Biotropica reste la propriété du gouvernement comorien qui nous les confie. Ces chauves-souris disparaissent rapidement dans la nature et sans cette population de secours, il se pourrait qu’elles finissent par s’éteindre totalement. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec le programme d’élevage pour assurer leur bien-être et favoriser leur reproduction. »

Avec leur pelage noir et leurs yeux rouge vif, les roussettes de Livingstone comptent parmi les plus grandes chauves-souris du monde, pouvant atteindre près d’1,50 m d’envergure. L’espèce est originaire des Comores, de petites îles situées entre Madagascar et le continent africain. On estime qu’il reste moins de 1300 individus dans la nature qui subissent de plein fouet la déforestation mais aussi les dérèglements climatiques, provoquant notamment des cyclones. À Biotropica, elles partagent leur volière avec une autre espèce de chauve-souris géante, le renard-volant de Lyle, qui est aussi une espèce menacée mais à un degré différent puisqu’elle est classée « Vulnérable » (VU) par l’UICN. « Les renards volants de Lyle sont toujours là et nous avons en ce moment des petits aussi chez cette espèce. Le premier renard-volant né chez nous est aussi la toute première naissance que nous avons enregistré à Biotropica, c’était début 2013 et depuis, nous avons de nouveaux petits tous les ans. » Les bébés roussettes de Livingstone sont pour le moment fermement accrochés à leurs mères qui parviennent à les transporter même lorsqu’elles volent au sein de leur volière. Ils y resteront pendant encore plusieurs mois, puis le coordinateur du programme de reproduction décidera si les jeunes individus restent à Biotropica ou quittent le parc pour se reproduire à leur tour dans une autre colonie.
Carnet rose unique aussi chez les rats-taupes de Zambie
Dans la catégorie des espèces rares, le parc animalier Biotropica en présente quelques spécimens et parvient bien souvent à obtenir des naissances. Chez les rats-taupes de Zambie (Fukomys anselli), par exemple, une autre espèce unique en France, le couple d’origine a déjà donné naissance à deux portées en 2024, et ce n’était pas gagné d’avance. « Ce n’était pas vraiment attendu au départ puisque nous étions censés n’avoir que des mâles, s’amuse Laëtitia Lassalle. Donc ça a été une bonne surprise de découvrir qu’il y avait finalement un mâle et une femelle, et pour le coup, ils nous ont donné deux portées dans l’année. »

Arrivés du Zoo de Bâle en 2023, ces deux individus sont les seuls de leur espèce à être présentés dans un parc zoologique français. Le rat-taupe de Zambie est d’ailleurs très peu présent en parc zoologique puisque seuls cinq établissements, tous situés en Europe, l’hébergent dans le monde. « Nous avons eu une première portée de deux petits en mai 2024, puis une seconde avec trois petits à la fin du mois de novembre. Pour le moment, tout le monde peut rester ensemble, mais nous verrons plus tard comment cela évolue. Tout le monde s’entend bien pour l’instant. Ils sont aveugles et vivent sous terre, comme les rats-taupes nus. Cependant, ce ne sont pas des animaux eusociaux, contrairement aux rats-taupes nus : il n’y a pas de reine ni de colonie, leur organisation est différente. » Le rat-taupe de Zambie n’est pas considéré comme menacé dans la nature, il figure parmi les espèces en « Préoccupation mineure » (LC) selon l’UICN. Il est endémique de Zambie, où sa population est cependant en déclin, en raison notamment de la chasse pour la consommation de sa viande mais aussi car il est considéré comme un nuisible pour les récoltes agricoles.


Une nouvelle naissance chez les paresseux à deux doigts
Si pour certaines espèces, la reproduction ne fait que commencer à Biotropica, pour d’autres, l’équipe animalière maîtrise déjà le processus, comme avec les paresseux à deux doigts. En janvier dernier, l’une des femelles présentes au parc a donné naissance à un nouveau petit, le douzième depuis la création du parc il y a… un peu plus de douze ans ! « Nous avons actuellement un mâle et trois femelles, plus le dernier petit qui est né en janvier, détaille Laëtitia Lassalle. C’est le douzième bébé qui nait chez nous ! Le mâle peut se reproduire avec toutes les femelles : il s’agit de la mère et de ses deux filles, et il est compatible génétiquement avec elles. »

Le parc avait déjà accueilli un second mâle en provenance d’un autre parc zoologique européen pour rejoindre le groupe de paresseux à Biotropica. Malheureusement, Willem, le mâle emblématique du couple d’origine, est décédé il y a quelques mois. « Quand nous avons perdu notre mâle, nous avions déjà récupéré Juan qui venait du Zoo de Vienne en Autriche pour se reproduire avec les deux filles de notre couple d’origine. Puis, au décès de Willem, comme Juan était aussi compatible avec Gema, la mère, nous les avons laissés tous ensemble. Et le petit qui vient de naître est le petit de Gema, la femelle d’origine. » La femelle a été placée dans l’enclos principal des paresseux de Biotropica pour qu’elle puisse élever son petit paisiblement. Les deux autres jeunes femelles évoluent quant à elles aux côtés du mâle avec lequel elles peuvent s’accoupler. Il n’est donc pas exclu que le parc annonce d’autres naissances de paresseux dans les mois à venir…