© Zoo de La Boissière du Doré
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Guépards et tigres de Sumatra : six jeunes félins voient le jour au Zoo de La Boissière du Doré

Le Zoo de la Boissière du Doré a récemment accueilli deux portées exceptionnelles chez les félins : trois guépardeaux, nés le 8 juin, et trois tigreaux de Sumatra, nés quelques semaines plus tard, deux événements rares pour des espèces menacées intégrées aux programmes européens d’élevage et menacées dans la nature.

Une première naissance avec l’arrivée de trois jeunes guépards du Sud

Après l’arrivée de douze bébés saïmiris, d’un jeune tamarin-lion doré et de plusieurs oiseaux, un événement particulièrement attendu est venu marquer le début de l’été au Zoo de La Boissière du Doré : la naissance de trois guépardeaux du Sud (Acinonyx jubatus jubatus), deux mâles et une femelle, nés le 8 juin 2026. Une réussite aussi rare que précieuse pour une espèce emblématique, classée « Vulnérable » (VU) sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Derrière ces trois jeunes félins se cache un véritable enjeu de conservation, mais aussi plusieurs mois de préparation, d’observation et d’ajustements au sein du Programme Européen d’Élevage (EEP) du guépard du Sud, mené par l’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA) et actuellement coordonné par le Safaripark Beekse Bergen aux Pays-Bas. La reproduction du guépard en parc zoologique reste en effet particulièrement complexe. Dans la nature, les mâles et les femelles vivent généralement seuls et ne se rencontrent que lors des périodes de reproduction. Cette particularité comportementale doit impérativement être prise en compte dans les zoos qui organisent des rencontres entre mâles et femelles uniquement durant les périodes de chaleurs, qui ne durent que deux à trois jours. « Nous avons un enclos mâle et un enclos femelle, explique Sébastien Laurent, directeur du Zoo de La Boissière du Doré. On envoyait le mâle dans l’enclos de la femelle environ tous les dix jours. L’avantage, c’est qu’elle avait un comportement très visible lorsqu’elle était en chaleur : elle se couchait et levait la queue, comme peuvent le faire les chats. Ça nous a beaucoup aidé. Quand le mâle ne s’intéressait pas à elle, on arrêtait au bout d’un quart d’heure, mais quand ça fonctionnait, on les laissait ensemble toute la journée. » Même après l’observation d’accouplements, la réussite reste loin d’être garantie puisque près de 60% des reproductions chez le guépard ne donnent pas lieu à une gestation. « On voyait les accouplements, mais la gestation ne se voyait absolument pas sur la mère. Le 6 juin est passé, date supposée du terme, nous nous sommes dit que c’était terminé. Et finalement, le 8 juin au matin, il y avait les petits. Ça faisait depuis 2018 que nous n’avions pas eu de bébés guépards, donc c’était forcément un moment très fort pour nous. »

Cette naissance est le fruit d’un long travail de gestion de la sous-espèce du guépard du Sud à l’échelle des zoos européens. « Le coordinateur de l’EEP nous a expliqué que la situation devenait préoccupante, qu’il n’y avait pas assez de naissances pour remplacer les individus qui disparaissent, donc que la population européenne était en déclin. Un travail a été fait sur la génétique de chaque guépard en France et beaucoup de changements ont été réalisés entre établissements. » Plusieurs transferts de guépards ont ainsi été organisés au cours des derniers mois dans l’unique but de favoriser leur reproduction. L’ancien couple reproducteur du Zoo de La Boissière du Doré a été transféré l’hiver dernier vers d’autres établissements afin de permettre l’arrivée d’un nouveau duo : Ross, le mâle, originaire du Parc de l’Auxois, et Savannah, la femelle, venue de la Réserve Africaine de Sigean. « Chez le guépard, on connaît la recette : il faut les déplacer. Le changement et la nouveauté sont vraiment primordiaux chez cette espèce. Et ils supportent plutôt bien les transferts car, contrairement à des tigres ou des lions qui demandent de plus gros moyens, les guépards montent en caisse sans anesthésie, sans stress, ça se fait très facilement. Et puis le transport est plus facile à organiser, leurs caisses sont de plus petites tailles que celles des grands félins. Notre femelle précédente est partie au Safari de Peaugres où elle a donné naissance à quatre petits et notre ancien mâle, parti à Montpellier, est devenu père là-bas. Nous avons réalisé quatre transferts qui ont créé trois couples, trois couples qui ont tous donné naissance à de nouveaux petits, c’est une véritable réussite. » Savannah, la femelle, s’est révélée être une excellente mère alors qu’il s’agit de sa toute première portée. Depuis leur naissance, les trois petits font l’objet d’un suivi quotidien extrêmement rigoureux de la part de l’équipe animalière du Zoo de La Boissière du Doré. Les premiers mois de vie restent une période particulièrement sensible et pour garantir leur tranquillité, la mère et ses petits ont évolué durant plusieurs semaines dans une volière extérieure à l’écart des visiteurs. Désormais visibles du public depuis quelques semaines, les trois petits suscitent un véritable engouement. « On est à plus de 800 000 vues sur les réseaux sociaux, on n’avait jamais fait ça avant. On a eu une dizaine de médias différents qui sont venus, certains de nos visiteurs passent des journées entières devant c’est de la folie. Il y en a qui viennent de très loin. C’est un félin à part, et maintenant ils ont cette petite crinière qui commence à pousser, c’est vraiment particulier. »

Un portée de trois tigreaux de Sumatra, une naissance attendue depuis plusieurs années

Quelques semaines après l’annonce des trois bébés guépards, une autre naissance exceptionnelle se préparait discrètement au Zoo de la Boissière du Doré. À l’abri des regards, trois bébés tigres de Sumatra sont nés le 29 juin dernier, un événement particulièrement marquant pour l’établissement puisque la dernière naissance de cette sous-espèce remontait à 2017. « Il y a beaucoup de nos habitués qui s’en doutaient parce qu’ils voyaient très bien que la femelle ne sortait plus. » Elle constitue également une réussite majeure pour le tigre de Sumatra, classé « En danger critique d’extinction » (CR) par l’UICN et dont la population sauvage est aujourd’hui estimée à moins de 400 individus. Ces trois jeunes mâles ont été identifiés plusieurs semaines après leur naissance, ils se portent parfaitement bien et affichent des poids compris entre 3,3 et 4,1 kg. « Au début, nous avions un doute entre deux et trois petits. Et un jour, pendant que nous faisions manger Surya dans le box d’à côté, nous avons éclairé la niche quelques secondes et j’ai vu qu’il y en avait trois. C’était un moment exceptionnel. » Leur arrivée est le résultat d’un important travail engagé depuis plusieurs années par le Zoo de La Boissière du Doré pour reproduire cette sous-espèce, notamment avec la création en 2023 de la Terre Sacrée des Tigres, un nouvel espace entièrement pensé pour répondre à leurs besoins biologiques et comportementaux. Ce vaste territoire de 2,8 hectares a marqué une étape majeure dans l’histoire du parc qui a permis d’augmenter considérablement l’espace dévolu aux tigres de Sumatra et d’accueillir un nouveau couple reproducteur. Un enclos hors public de 4000 m² accueillait Suma, l’ancienne femelle reproductrice aujourd’hui décédée, tandis que le grand enclos est dédié au nouveau couple formé par Kuasa, un mâle déjà au parc depuis plusieurs années, et Surya, une nouvelle femelle arrivée en 2023. Originaire d’un zoo de République Tchèque, Surya est l’une des descendantes de Suma, ce qui représente une continuité symbolique pour les équipes qui connaissent cette lignée depuis plusieurs années. Après une phase d’intégration et d’observation, Kuasa et Surya ont été progressivement mis en contact et leurs interactions laissaient espérer une reproduction réussie. Pour Surya, cette naissance constitue également une étape importante puisqu’il s’agit de sa première expérience d’élevage, une réussite d’autant plus remarquable que sa première tentative n’avait pas abouti. « La première fois l’an dernier, ça n’avait pas fonctionné, regrette Sébastien Laurent. Mais là, cette fois, elle a fait les choses complètement différemment, elle a mis bas dans sa niche et elle est restée directement auprès d’eux. On se demande comment elle a appris ça, c’est probablement quelque chose d’inné, c’est l’instinct maternel. » Depuis la naissance, le parc a choisi de laisser la femelle élever ses petits au calme dans son bâtiment et les soigneurs limitent volontairement leurs passages au strict nécessaire. Les petits ne rejoindront toutefois pas immédiatement le grand territoire visible du public, ils resteront encore plusieurs semaines auprès de leur mère dans le bâtiment avant de découvrir progressivement tout leur territoire. « On rêve évidemment de voir papa, maman et les petits ensemble, je les imagine déjà jouer sur les troncs d’arbre. Mais on ne prendra aucun risque, on a les installations nécessaires pour les laisser séparés aussi longtemps que nécessaire. » Lorsque les jeunes tigres seront suffisamment autonomes, ils partiront progressivement à la découverte des terrasses végétalisées de leur immense territoire où les visiteurs pourront observer leurs premiers comportements d’exploration et de jeux. Cette naissance représente également un événement particulièrement rare à l’échelle nationale puisque les parcs zoologiques français n’ont enregistré aucune autre naissance de tigres de Sumatra en 2026. Avant elle, les dernières naissances recensées concernaient deux jeunes nés au Lumigny Safari Reserve en février 2025, et deux autres au Zoo d’Amiens en mars 2024.

Les enjeux de conservation du guépard et du tigre de Sumatra

Si ces naissances représentent d’excellentes nouvelles pour le Zoo de La Boissière du Doré, elles sont aussi l’occasion de rappeler que le guépard comme le tigre de Sumatra sont menacées dans la nature. Chez le guépard, la diminution des populations sauvages s’explique notamment par la disparition progressive des habitats, la fragmentation des territoires et les difficultés de survie des jeunes dans certaines régions. Aujourd’hui, les estimations font état d’environ 6500 guépards encore présents à l’état sauvage, tandis que les populations hébergées dans les parcs zoologiques du monde entier comptent moins de 1500 individus. Chez le tigre de Sumatra, les menaces sont encore plus critiques : destruction des forêts tropicales, isolement des populations, braconnage et trafic international d’espèces sauvages continuent de peser lourdement sur l’avenir de cette sous-espèce. En Europe, 54 établissements, sur 107 au total dans le monde, hébergent des tigres de Sumatra. En parc zoologique, les populations européennes de guépards et de tigres de Sumatra constituent de véritables réservoirs génétiques intégrés à des Programmes d’Élevage Européens, les EEP, qui permettent d’organiser les transferts, de favoriser la reproduction et d’éviter la consanguinité. Par l’intermédiaire de son fonds de dotation, Boissière Mervent Conservation, le Zoo de La Boissière du Doré soutient depuis plusieurs années le programme Panthera, fondé en 2006 et dédié à la protection des félins sauvages. Pour le tigre de Sumatra, Panthera agit notamment dans plusieurs paysages forestiers majeurs de l’île indonésienne en collaboration avec les autorités locales et les partenaires de terrain. Les actions mises en place comprennent le renforcement des patrouilles anti-braconnage, la formation des gardes forestiers, le suivi des populations grâce aux pièges photographiques et aux recherches scientifiques, mais aussi la réduction des conflits entre populations humaines et tigres. Pour le guépard, le programme travaille avec les communautés locales pour favoriser la cohabitation entre le félin et les humains et équipe les guépards sauvages de colliers GPS pour surveiller leurs déplacements et les protéger en temps réel.

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