© Corinne Puch

Lynx ibérique

Pour bien l’identifier…

  • Pelage fauve marbré parsemé de nombreuses taches sombres qui varient en taille, en forme et intensité de couleur.
  • Queue plus courte que celle des autres espèces de lynx, terminée par un manchon de poils noirs.
  • Collier typique de longs poils sur les joues et sous le cou.
  • Oreilles triangulaires terminées par un pinceau de poils noirs.
  • Pattes arrière plus longues que les pattes avant.

Fiche d’identité

Généralités

Le lynx ibérique est aussi connu sous les noms de lynx pardelle ou lynx d’Espagne. C’est l’une des 4 espèces de lynx recensées et il s’agit de la plus petite d’entre elles. Comme les autres espèces, il présente toutes les caractéristiques anatomiques des lynx : une queue plutôt courte, des pinceaux de poils au sommet des oreilles, des pattes longues et des pieds volumineux disproportionnés par rapport au reste du corps ainsi que des favoris sur les joues.

Pour autant, le lynx ibérique présente des différences avec les autres espèces de lynx. Tout d’abord, ses favoris sont assez spéciaux et forment une sorte de collerette typiquement reconnaissable. Ensuite, sa queue est plus courte que celle des autres lynx. Et, pour finir, sa fourrure est sensiblement plus courte que celle des autres lynx, qui sont généralement plus adaptés à des environnements froids.

Répartition et habitat

Le lynx pardelle est endémique de la péninsule ibérique. Historiquement, il était répandu dans toute la péninsule et même dans le sud de la France. Aujourd’hui, ce félin ne subsiste plus que dans des zones réduites essentiellement dans le sud-ouest de l’Espagne. Il se rencontre également dans quelques rares zones fragmentées du Portugal. Son habitat est très morcelé et il a la répartition la plus petite parmi tous les lynx voire même d’un grand nombre de mammifères.

Le lynx ibérique occupe principalement la forêt méditerranéenne et le maquis, un habitat de broussailles, de forêts ouvertes et de fourrés, ainsi que les pâturages ouverts. Il est largement limité aux zones montagneuses où on peut le rencontrer jusqu’à 1 600 mètres d’altitude. 

Régime alimentaire

Le lynx ibérique est un prédateur qui chasse essentiellement des petites proies. Les lapins de garenne constituent la base de son alimentation en représentant entre 80 et 100 % de son régime alimentaire. C’est un animal qui est quasiment incapable de modifier son alimentation de manière significative si les populations de lapins viennent à diminuer fortement. Il lui arrive néanmoins de s’attaquer à des rongeurs, des oiseaux ou de jeunes ongulés lorsque les lapins se font rares, notamment pendant l’hiver.

Mode de vie et reproduction

Comme bon nombre de félins, le lynx ibérique est un animal solitaire. Il est nocturne ou crépusculaire, avec un pic d’activité au coucher du soleil, lorsque les proies sont les plus actives. Les mâles et les femelles vivent sur des territoires qui se chevauchent et chacun d’eux défend le sien contre leurs congénères du même sexe. Le lynx ibérique tue fréquemment les petits carnivores afin de réduire la compétition pour les proies et devient plus agressif lorsque celles-ci se font rares. Les chiens et les chats domestiques, les renards, les genettes ou encore les loutres sont alors souvent des victimes du lynx.

La saison des amours du lynx ibérique a lieu en janvier et février. La femelle donne naissance à une portée comprenant 1 à 5 chatons dans une tanière, après une gestation d’environ deux mois. À leur naissance, les petits sont aveugles et ne pèsent pas plus de 250 grammes chacun. Malheureusement, dans la plupart des cas, seulement deux petits survivent jusqu’au sevrage qui intervient dix semaines après la naissance. Les jeunes deviennent indépendants entre 7 et 10 mois mais ne quittent réellement leur mère qu’à l’âge de 20 mois. Les femelles atteignent leur maturité sexuelle dans la foulée tandis que les mâles deviennent matures beaucoup plus tard, vers 2 ans et demi.

Menaces et conservation

Au début du siècle dernier, les effectifs du lynx ibérique étaient estimés à plus de 100 000 individus à travers toute la péninsule ibérique. Au début des années 2000, il ne restait plus que 94 lynx dans cette même région d’Europe. Le félin a lourdement pâti de sa cohabitation avec l’Homme. Braconnage, agriculture intensive, urbanisation galopante ou encore collisions routières ont drastiquement fait chuté les populations de l’espèce. Mais le coup de grâce aura sans doute été la raréfaction de ses proies favorites : les lapins de garenne. Ces derniers ont été décimés par des maladies mortelles, dont la myxomatose, et ont perdu 90 % de leurs effectifs. Une véritable catastrophe pour tous ses prédateurs, le lynx ibérique en tête.

À ce moment là, il était considéré comme le félin le plus menacé au monde. Il avait complètement disparu du Portugal et les derniers individus ne vivaient plus que dans les parcs naturels de Doñana, dans l’estuaire du Guadalquivir et de la Sierra d’Andujar, dans le nord de l’Andalousie. En octobre 2002, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) le classe même dans la catégorie des espèces « En danger critique d’extinction » (CR) sur sa liste rouge.

L’avenir du félin est alors sombre. Face à cette situation inquiétante, un programme d’élevage est mis en place d’urgence en 2003. Le but est de réintroduire des lynx nés en captivité dans leur milieu naturel. Des tunnels sont construits pour sécuriser la traversée des routes très fréquentées et faire ainsi baisser le nombre de collisions avec les voitures. Des lâchers de lapins ont même été effectués, plus de 150 000 de ces lagomorphes, proies de prédilection du lynx ibérique, ont été relâchés dans la nature pour réapprovisionner les félins en nourriture.

Résultat, dès 2016, l’espèce est de retour au Portugal et l’UICN la fait passer de la catégorie « En danger critique » (CR) à « En danger » (EN). À l’heure actuelle, et selon le tout dernier recensement, la population du lynx ibérique compte désormais 1 365 individus. Une belle progression ! Pour garantir une population viable, il faudrait multiplier par trois la population actuelle de lynx ibériques d’ici 2040.

Le saviez-vous ?

Le lynx ibérique était autrefois considéré comme une sous-espèce du lynx boréal. Il est désormais classé comme une espèce à part entière. Les deux espèces se sont produites ensemble dans le centre de l’Europe pendant l’époque du Pléistocène et se sont séparées en raison d’un choix différent de l’habitat. 

En parc zoologique

Le lynx ibérique n’est visible que dans un seul parc zoologique en France ! Celui-ci est même le seul zoo au monde à héberger cette espèce de félin en dehors de ses deux pays d’origine !

Le lynx ibérique ne fait ni l’objet d’un EEP (Programme Européen pour les Espèces menacées), ni d’un ESB (Stud-Book Européen).

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